PARLONS-EN

Depuis internet et la floraison des journaux en ligne, les intellectuels comoriens publient sans arrêt article et tribune. Mais de quoi parlent-t-ils ? De politique ou de sujets apparentés. Peu, sont ceux qui s'attaquent aux problèmes sociétaux. Pourtant, aux Comores, et tout le monde le sait, les maux qui sévissent sont aussi bien d'ordre politique que sociétal. De ces problèmes sociétaux, je décide d'en parler en me focalisant sur le cas de nos amis, nos cousins, les animaux.

Ces animaux qu'on maltraite...

Mon amour pour les animaux passe avant le souci de me ridiculiser. Tout le monde connaît cette célèbre pensée de Zola. Mais, dans la pratique, quelqu'un se soucie-t-il des animaux ? Pas si sûr... Prenons l'exemple du sort réservé aux poules et aux vaches dans notre pays, un pays dont l'humanité prévalait sur tout, il n’y a pas si longtemps... Notre jeune poule vit au domicile familial. Il passe ses nuits dans un petit poulailler situé aux alentours. Le matin, lorsqu'on pense à la libérer, elle se rend directement à la maison. Ce n'est que plus tard, qu'elle partira jusqu'au soir. Un peu comme si elle venait nous rendre visite et nous prévenir de son périple journalier. On ne tarde pas à s'attacher à ces bêtes. Il n'empêche que nous prenons un plaisir fou à les torturer. Avant de les abattre, ils traversent par notre cruauté, un chemin bien rempli en embûche, le tout dans l'indifférence la plus totale. Quel beau spectacle que le combat de coq ! Certains grattent leurs jambes face à pareil événement. Ce geste superstitieux inciterait les coqs à se lutter davantage. La poule ayant, comme nous, des besoins de maternité, pond ses œufs. Mais avant l'arrivée des poussins, nous avons déjà consommé les œufs. Elle est là, tourne en rond et se remet doucement de la mésaventure.

Lorsque nous décidons enfin de sa mort, la poule tente par tous les moyens de se sauver. Elle vole et monte sur tous les toits. Faites l'expérience et dites-en des nouvelles. Lorsque vous brandissez un couteau face à une poule, elle vous fuira à jamais. Mais l'homme, malin qu'il est, et bien qu'il soit dépourvu d'ailes, met tout en œuvre pour l’attraper. On l'égorge sans état d'âme, parfois après l'avoir longtemps torturée, oubliant l'attachement qu'on avait jadis pour elle... Le destin de la vache est particulier tant les traitements qui lui sont réservés dépassent l'entendement. Là aussi, on commence par s'attacher à elle. Et c'est bien cela le problème parce que le jour où on décidera de l'exécuter, elle doit se sentir trahi. Lorsque la confiance qu'on a envers une personne doit s'estomper, cela n'est pas si facile... La vache doit se penser victime de traîtrise. Tous les jours, on les nourrit d'herbes. Bien sûr, les vaches sont attachées et ne peuvent subvenir seules à leur besoin de se nourrir. Jamais, on ne pense à leur donner à boire. Pourtant, elles consomment toute sorte d'herbes. L’autre fois je demandais à un éleveur de vaches.

  • Pourquoi ne leurs donnes-tu jamais à boire ?

Sa réponse est à la hauteur de la bêtise.

– Parce qu'il y a de l'eau dans l'herbe.

- N'y en a t-il pas dans la nourriture humaine ? Est ce pour autant que l'homme ne boit jamais ?

La vache peut ainsi passer toute une vie sans jamais goutter à la moindre boisson. Et lorsque sa mort approche, on lui réserve une belle cérémonie macabre. D'abord elle déambule toutes les rues du village. Quiconque éprouve l'envie, saute sur elle et lui jette toute sorte d'objets. Il y en a même qui se blesse. Sous mes yeux, une vache a perdu un œil, victime de projectile. Qu'a-t-il fait de mal ? Rien. Si ce n'est d'avoir été faible et sans défense.

Ensuite elle intègre le Pashé, une espèce d'arène. Un peu à la romaine lorsque dans l'arène on jetait les gladiateurs dans l’abîme. Au Pasheni, les vaches sont attachées et alignées. Elles sont abattues une à une, les unes après les autres. Comme elles sont tuées à tour de rôle, la première passée, la deuxième se sait déjà mourante. Il en va ainsi pour le reste des vaches. Elles restent ainsi ni mortes ni vivantes, tant elles connaissent leurs morts imminentes et inéluctables. Est-ce de l’humanité ?

… Sont nos semblables

Les scientifiques le martèlent sans cesse. Les animaux sont, hormis peut être l'apparence

physique, semblables aux hommes. Cogitons sur cette expérience. Deux singes sont tenus retranchés dans une cage. Une vitre transparente les sépare. Du côté de l'un des singes, une décharge électrique a été installée. Une première fois, on donne à manger à l'un des singes après quoi, on inflige une décharge électrique au singe non nourri. Une deuxième fois, on redonne à manger au même singe. A l'issu du repas, on réactive la décharge électrique. Le même singe est de nouvelles victimes d'électrocution. La troisième fois on retente l'expérience. On apporte la nourriture au même singe. Il refuse cette fois ci de se nourrir. Il observe une sorte de grève de la faim par solidarité à son prochain. Évidemment, lorsque sous ses yeux on retira les décharges électriques, il se remit à manger. Voyez vous, ils sont sensibles eux aussi. Tout comme nous. Parce que sensibles, ils savent qui de nous les aime ou les méprise. Ils ne peuvent peut être pas exprimer leurs sentiments. Mais des émotions, ils en ont. Alors, respectons-les. Aimons- les. Ils n'ont pas choisis d'être faibles.

Faites le par humanité ou par crainte...

Les Comores se disent de religion musulmane. Alors, pourquoi ne pas suivre les prescriptions de l'islam au sujet des animaux ? L'islam nous oblige à les aimer, les respecter et les chérir. Autrement, comment expliquez-vous le fait que le Coran comporte tant de sourates qui portent de noms d’animaux ? Ce n'est certainement pas dû au hasard: «La vache», «les bestiaux», «les fourmis», «les abeilles», «les éléphants»...

Dans sourate « Les bestiaux», verset 38, il est dit ceci. Nulle bête marchant sur terre, nul

oiseau volant de ses ailes, qui ne soit comme vous en communauté.» Vous l'avez bien compris. Dieu compare les animaux aux hommes par la vie en colonie. La solidarité, en somme. Pourquoi donc, ne pas être solidaires aux bêtes ?

Dans un hadith rapporté par Moslim, d'après Jabir, le prophète paix et salut sur lui, est passé à proximité d'un âne qui avait été marqué au fer sur son visage. Il déclara alors: « Que Dieu maudisse celui qui l' a marqué!» Tout cela nous oblige à nous comporter justement avec les animaux. L'homme répondra sur sa façon de se comporter vis a vis des plus faibles et des plus démunis. Al Boukhary rapporte. Le prophète de l'islam dit ceci un jour. « Une femme avait martyrisé une chatte en l'enfermant et la laissant mourir de faim. Cette femme alla en enfer parce qu 'elle n avait ni nourrie, ni fait boire à la chatte alors qu'elle l'avait enfermée sans la laisser se nourrir des insectes de la terre.» Nous devons être bon à l'égard des animaux. D'après Ibn Khuzaima, le prophète passant à côté d'un chameau qui s'était affaissé sous le poids de la charge, dit. « Craignez Allah vis a vis de ces bestiaux qui ne parlent pas. Utilisez les comme montures en prenant soin d'eux et mangez-les également en prenant soin d'eux.» Ce hadith me paraît particulièrement explicite. Mangez les animaux. Mais au moins, aimez les, respectez les.

Tout ça pour...?

Tout ça pour que le débat sur la protection des animaux s'invite dans les échanges entre

Intellectuels comoriens. Il y a quelques mois en France, les animaux cessaient d'être considérés par le droit français comme des meubles. Le législateur reconnaît le caractère sensible de l'animal. Alors, nous aussi. Penchons nous sur la question. Tout ça pour retrouver nos valeurs perdues. Nous avons toujours été solidaires aux plus faibles. Le Comorien est connu par sa solidarité à l'autre et son amour pour son prochain. J'ose croire que nos dérapages sur les animaux sont le fait de notre ignorance. On leur cause du tort sans le savoir. Alors prenons en conscience.

Tout ça pour qu'on change des débats politiques stériles. Je reconnaît que les questions

politiques méritent une vigilance de tous les instants. Mais il en va de même pour les autres sujets. Qu'il soit claire. Je suis pour qu'on mange les animaux. Mais je suis surtout pour qu'on les aime, les chérisse et les respecte. Alors, mettons le sujet sur la table et parlons en...

OMAR Mirali

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