A l’époque j’avais 14 ans et j’allais au collège. Sur le chemin entre mon école et chez moi, c’est-à-dire entre Mdé et Mkazi, aux environs de Sahani, y étaient en construction deux grandes villas qui avaient attiré mon attention à cette époque. Après renseignement auprès des ouvriers qui travaillaient sur les deux chantiers, j’ai eu l’affirmation que ces deux villas sont pour un frère et sœur. Sans me poser trop de questions, j’ai compris que ce sont des riches. Trop curieux,  je me suis fait ami avec les ouvriers et je leur ai posé pas mal de questions pour connaitre l’origine de la richesse de cette famille. En demandant un jour à un ouvrier, qui est vraiment l’homme en question, la réponse est la suivante : « c’est le directeur générale de la douane de Moroni », il a rajouté ceci : c’est pourquoi il a pu construire un château de cette taille.

 

« Mais pour construire une villa pareille, il faut être milliardaire car le salaire d’un directeur de douane ne lui permettra jamais de construire un château », disais-je à l’ouvrier.  L’ouvrier, milliardaire ! Oui certes il est milliardaire. Il m’a ensuite dit : « tu sais jeune homme, quand on est  directeur de douane, on peut s’offrir tout ce qu’on veut. Et c’est simple en plus de l’argent que l’on peut ramasser, on peut aussi s’enrichir avec des matériels. Par exemple pour ce directeur, il n’achète pas les matériels de construction. ». Bien étonné, je me suis demandé comment un directeur de douane, peut se procurer des matériels de construction gratuitement ? Mais cette interrogation a eu la réponse de ce même ouvrier, selon laquelle : s’il y a un commerçant qui a des matériels à dédouaner, pour éviter les frais de douane, il doit offrir une part de ces matériels au directeur comme ça, il peut lui faire un rabais. Voilà comment le directeur, fait pour construire sa villa avec la gratuité des matériels, mais martériels.

 

Toujours curieux, j’ai continué à mener mes investigations auprès des ouvriers et gardiens, et je ne cesserais pas d’être surpris. Quand un jour j’ai vu un des employés du château décharger des cartons d’un camion, j’ai encore demandé, ceux qui se trouvaient dans ces cartons. Et la réponse : c’est de la viande et du poulet pour les chiens de ce fameux directeur de douane. Une dizaine de chiens dont des bergers allemands et d’autres races provenant d’Afrique du Sud. Et c’est quoi un berger allemand ? C’est un gros chien d’attaque et intelligeant dont le poids peut atteindre 80 kilos s’il est bien nourri. Et après m’en avoir montré un, j’ai compris pourquoi il y avait tant des cartons dans le camion. J’ai demandé à l’ouvrier, s’il imagine pendant que les comoriens meurent de faim et qu’une pénurie de viande frappe les Comores, une seule personne se permet de s’offrir une dizaine de chiens et les nourrir avec des tonnes des viandes ?

 

Quel avenir pour nous qui sommes en bas de l’échelle ?  Il m’a dit : « fais des études et vas le plus loin possible, après tu t’intègres le milieu politique, comme ça tu pourras te venger. » J’ai rigolé, j’ai dit que je ne peux pas faire ça, car c’est immoral. Et comme le hasard fait bien les choses, j’ai écouté le conseil de l’ouvrier qui m’a dit d’aller plus loin dans les études. Aujourd’hui j’ai fait les études qui me permettront d’évaluer le budget des villas sis entre Mdé et Mkazi, aux environs de Sahani, qui m’ont impressionné et que son propriétaire, cet ancien directeur de douane, a toujours le couteau sur le gâteau, aujourd’hui, membre d’un des quatre gouvernements des Comores. Qui sait ? Un jour ces villas et châteaux pourront revenir à l’Etat et ça sera le début d’un cauchemar  pour celles et ceux qui se sont emparés des biens de l’Etat. Ca ne sera pas une première fois, bien sur. L’histoire nous a dit que Mohamed Taki a été saisi par le prince Said Ibrahim, dont une de ses maisons a été rendue à l’Etat comorien.

Hamadi Djoumoi

 

Retour à l'accueil