Image (13)Dr Youssouf Said Soilihi, est président du parti Djawabu. Cet économiste du développement rural, était ambassadeur de la francophonie à Genève de Janvier 1994 à avril 1995. Ancien candidat aux élections présidentielles des Comores en 2002 et de Gouverneur en 2007. Observateur  électorale : Présidentielles et législatives en novembre 2005 au Gabon, présidentielles à Madagascar, présidentielles et législatives en République Démocratique du Congo en 2006 et 2011, présidentielles en République de Djibouti en 2011, présidentielles en Algérie 2012. Dr Youssouf Said Soilihi,  était Vice Président de l'Assemblée Nationale en Union des Comores. Février 2008 à mai 2010 : Ministre des  Finances, de l'Economie, du Commerce, du Plan, de la Coopération décentralisée. Ile Autonome de Ngazidja. A part ces expériences politiques et économiques... Youssouf Said Soilihi est auteur d'Ali Soilihi, l'élan brisé ? Et Comores, les défis du développement indépendant. Ce soilihiste avéré répond aux questions de COMORESplus.   

COMORESplus : Monsieur Youssouf Said Soilihi, vous êtes le leader du parti Djawabu ya Komor. Pourquoi la création d’un parti politique et quelles sont ses orientations ?

Youssouf Said Soilihi : Le parti DJWABU :

Dans cette question, je note deux aspects : Pourquoi Djawabu ? Et l’autre, quelles sont ses orientations ? - Djawabu a vu le jour en France en janvier 1999 après avoir constaté que les formations politiques qui étaient actives avant elle ne prenaient pas en compte du tout ou pas suffisamment l’idéologie prônée par Ali Soilihi Mtsachiwa, leader de la Révolution comorienne. La création de Djawabu correspond à une attente et  répond à une exigence ainsi qu’à un besoin d’équité : mettre en avant les jeunes et les femmes ainsi que tous ceux qui sont exclus du droit au chapitre. Elle met en avant un impératif : revoir la manière de conduire les affaires publiques et de faire la politique ; avoir un projet de société qui réponde aux aspirations profondes de notre peuple. - Il se préoccupe constamment du regroupement et de la mobilisation des classes situées au bas de l’échelle sociale, en vue de leur participation effective à la lutte pour l’instauration d’un régime populaire et d’une société plus juste, plus équitable, moins inégalitaire, moins corrompue et plus démocratique  aux Comores.

CP : Quelle est l’idéologie adoptée par le parti Djawabu ya Komor ?

Y.S.S :Djawabu implanté et enregistré aux Comores au mois d’avril 1999   constitue une organisation politique qui  épouse les idéaux du Socialisme  et qui se bat  sur les positions des classes sociales les plus opprimées et souvent exclues de la Gouvernance du pays. Il  intègre de façon critique et prolonge en l’enrichissant l’héritage des luttes  liées à  la première grande expérience révolutionnaire vécue par le peuple Comorien d’août 1975 à mai 1978. C’est un parti  qui œuvre pour l’unité des Comores, l’intégrité territoriale de l’archipel, qui réaffirme sa lutte contre les fléaux de la corruption, du népotisme et du régionalisme  et qui est déterminé à combattre sans relâche les citoyens, quel que soit leur niveau de responsabilité, impliqués dans les malversations ainsi que les systèmes et les régimes qu’ils perpétuent pour garder leur mainmise sur la société comorienne.

CP : Ancien membre du parti Maesha bora, ancien membre du parti mwangaza… que pouvez-vous nous dire tant positif que négatif sur ces formations politiques ?

Y.S.S : je n’ai jamais fait partie de Maecha Bora dont les dirigeants avaient tout fait, lors de sa création, pour nous tenir à l’écart de cette formation politique à laquelle nous sommes nombreux à avoir contribué à la naissance. J’ai pris une part active à la création de certaines organisations qui se réclamaient du soilihisme avant Maecha Bora comme l’organisation de la jeunesse comorienne (OJC) et la Coordination Nationale pour un parti alternatif aux Comores organisations (CNPAC) dont la mission principale était de contribuer à l’avènement du parti comorien du Travail et du Progrès que fut Maecha Bora. Les dirigeants qui l’ont créé en janvier 1990 s’étaient arrangées pour que nous qui étions à l’extérieur et qui n’étaient pas désirés soient absents et écartés du congrès constitutif. Et j’en ai fait partie de ceux là.

Quant à Mwangaza, je vous fais noter que là aussi, il faut nuancer. J’ai pris part activement à la création et à l’animation du club de réflexion DPA (Dialogue-Propositions-Actions).Ma présence et mon investissement pour ce club de réflexion était l’un des conséquences de mon écart de la création de Maecha Bora. C’est le DPA qui a donné naissance à Mwangaza. Mais en raison du statut de fonctionnaire du PNUD que j’avais et qui m’interdisait de faire de la politique, je ne pouvais appartenir à ce mouvement. Je sympathisais avec ses dirigeants avec qui j’entretenais de très bonnes relations. Toutefois, je n’ai pas mis beaucoup de temps à prendre mes distances avec eux et à quitter le pays pour une carrière internationale.

CP : réputé du soilihisme, peut-on vous assimiler à la montée des soilihistes dont une poignée des jeunes parmi lesquels des moins de trente ans aujourd’hui ?

Y.S.S : J’ai appris qu’une poignée de jeunes auraient formé un mouvement ou seraient en train de le faire. Ils  se réclament de la nouvelle génération du soilihisme. J’attends de voir qui sont-ils, de comprendre leurs objectifs et leur stratégie et leur positionnement par rapport à Djawabu. Pour ma part, je ne sais pas si j’ai eu une part quelconque dans la formation de ce mouvement. Ce que je sais par contre, j’œuvre depuis toujours par mon action, mon investissement et mon discours au développement et à la croissance du soilihisme.

CP : Ancien député et vice Président à l’assemblée nationale des Comores, pourriez-vous nous parler de ce parcourt ?

Y.S.S : J’ai été élu d’abord comme membre de l’Assemblée de l’ile de Ngazidja avant d’être coopté pour aller à l’Assemblée Nationale où j’ai été très actif. J’ai fait adopter une résolution, des dispositions législatives dans le cadre de la loi électorale et deux  propositions de lois : En effet, grâce à mon action, en collaboration avec plusieurs associations dont certaines de la diaspora, j’ai obtenu le soutien de tous les parlementaires pour :

- une résolution sur le 12 novembre 1975, faisant de cette date historique qui correspond à l’admission des Comores à l’ONU, la Journée Nationale Mawore, chômée, payée et caractérisée par de multiples activités officielles appelant à la conscientisation de notre peuple, à sa vigilance et à d’avantage d’efforts pour le retour de notre île au sein de son giron naturel, la République des Comores.

- des  dispositions législatives permettant  aux comoriens résidant à l’extérieur  de disposer du droit de vote pour les des consultations nationales relatives au choix des Présidents de l’Union et des Gouverneurs des  îles autonomes, adoptées en 2005 et modifiées  en 2007. C’est sur cette base qu’un large mouvement civique s’est constitué dernièrement pour réclamer les textes d’application et leur mise en œuvre pour les présidentielles de 2016.

-  L’institution d’un diplôme de Licence professionnelle en soins infirmiers et obstétricaux à l’Ecole de Médecine et de Santé Publique  adoptée le  13 janvier 2007.

- Une loi sur la prévention et la lutte contre la corruption.

J’ai soumis  un autre texte sur les partis politiques qui n’a pas été examiné à l’époque.

Par ailleurs ; j’ai, en ma qualité de Premier Vice Président de l’Assemblée :

-   suppléé le Président, deuxième personnalité de l’Etat, en son absence.

-  Dirigé la diplomatie parlementaire et  contribuer, par mon action  à rompre l’isolement des Comores qui avaient fait l’objet de sanctions en étant suspendues des organismes interparlementaires, suite au coup d’Etat intervenu en 1999 qui avait eu pour effet de mettre un terme à l’ordre constitutionnel.

CP : Ministre de finances du gouvernement insulaire de Ngazidja, sous Mohamed Abdoulwahabi, de quoi êtes-vous fier, et quelles contraintes que vous avez rencontrées ?

Y.S.S : J’ai été nommé le 04 février 2008 comme Ministre  des Finances, du Budget, de l’Economie, du  Commerce,  du Plan,  de la Coopération décentralisée et des Investissements et suis resté à ce poste huit mois. Durant cette gouvernance ministérielle, l’accent fût mis sur la déconcentration de l’ensemble des services du Ministère pour  permettre  à l’administration centrale insulaire de répondre à la nécessité  d’être présente dans les sept préfectures que compte l’île dans un but principal de se rapprocher des administrés afin de rester le plus possible à leur écoute, de promouvoir un partenariat entre l’administration centrale et les administrations communales et d’appuyer le processus de développement local par la création  des pôles de développement territorialisé.

L’enjeu primordial de cette déconcentration était de rendre effective et efficace un certain nombre de directions opérationnelles (services des impôts, de la trésorerie, du commerce et de l’économie) qui contribueront à accroitre les recettes propres de l’île, à promouvoir et coordonner le développement local par la présence dans chacune des préfectures des services de la direction générale du plan. 

. Mais faute d’assez de temps, de moyens  et de soutien, je n’ai pu réaliser qu’une partie de ce travail.

CP : Et si vous nous dressez en quelques lignes votre bilan des moments que vous occupiez ces postes ?

Y.S.S : Le bilan est mitigé. Un travail resté en partie au niveau de la réflexion. Les contraintes ont été nombreuses surtout celles liées aux conflits de compétence qui ont eu pour effets de paralyser la gouvernance de l’île. Trois chantiers que je me préparais à lancer m’importent énormément :

- la décentralisation et la déconcentration de l’administration centrale insulaire;

- la création des pôles de compétence à travers la formation technique et professionnelle (métiers de bouche dont la restauration, métiers liés au second œuvre du bâtiment, métiers liés à la mécanique dont la construction du centre de formation dans le Hambou, métiers liés au tourisme, métiers liés à l’artisanat, métiers liés à la joaillerie) ;

- la création des pôles de développement local.

CP : Maire sortant de la ville de Ntsaweni, comment trouvez-vous les actions de vos successeurs sachant qu’à l’heure actuelle la commune regroupe plusieurs localités ?

Y.S.S : La mise en place de la nouvelle équipe a été effectuée alors que je me trouvais à l’extérieur. Je préfère me rendre sur place et apprécier leur Action avant de me prononcer sur cette question.

CP : On a l’impression que ces derniers temps, les Comores perdent de repère. Un désordre total dans tous les sens. Avez-vous un avis ?

Y.S.S : Effectivement, l’impression que l’on a. va dans ce sens. Les Comores manquent de direction et de vision. Et plusieurs interrogations demeurent sur le commandant du navire Comores.

CP : Le vice-président en charge de finance Mamadou, va procéder à un renouvellement de la citoyenneté économique, pour cinq ans. Pourquoi la classe politique comorienne en sa totalité ne dit aucun mot ?

Y.S.S : Je me suis déjà prononcé sur ce sujet. J’ai condamné le hold up réalisé par l’ancien Président Sambi à propos de la vraie fausse loi sur la citoyenneté comorienne. J’ai ensuite proposé une évaluation aussi exhaustive que possible(aspects juridiques, économiques, financiers, sécuritaires, diplomatiques, culturels, politiques) par un expert indépendant de la mise en œuvre de cette loi et des dégâts considérables occasionnés.  J’ai également suggéré qu’il fallait, dès maintenant, montrer les voies et moyens des ressources alternatives dans la mesure où les autorités comoriennes se basent sur ces fonds de la citoyenneté pour honorer leurs engagements financiers y compris budgétaires. J’ai enfin condamné ces manœuvres du Vice Président Mohamed Ali Soilih dit Mamadou tendant à faire renouveler les dispositions liées à la citoyenneté économique.

CP : Certains dossiers comme celui du détournement et du braquage de la SNPSF, de la SCH dont l’ancien directeur a été entendu par la justice, semblent oubliés. Que pensez-vous de cela ?

Y.S.S : Ce n’est ni nouveau ni une surprise. C’est à partir de ce type de dossiers que l’on perçoit nettement le décalage entre le discours du Président la République qui affiche une volonté de lutter contre la corruption et la réalité : on assiste à une floraison de dossiers de corruption, de népotisme, de détournements de fonds, de dysfonctionnement de la justice, de notre administration. Et aucune mesure sérieuse n’est prise pour enrayer ces fléaux. Au contraire, tout est fait pour conforter les auteurs de ces délits.

CP : Une autre affaire est tracassant, vous en tant qu’homme politique, que pansez-vous de l’affaire Combo qui a l’air d’être étouffée et le manque de clarté sur l’affaire de la tentative de déstabilisation ou de coup d’Etat du 20 avril 2013 ?

Y.S.S : ces deux dossiers ne peuvent être isolés des autres car ils font partie d’un ensemble qui caractérise le pouvoir d’Ikililou, « relais de celui de Sambi « et qui touche la justice, la sécurité, la gouvernance économique et financière.

CP : La loi pour réduire le partis politiques aux Comores a été adoptée, cela n’est pas une voie vers le parti unique ? Et quelle est votre vision par rapport à cette loi ?

Y.S.S : je me réjouis du principe de l’adoption de ce texte dont je suis le premier auteur puisque j’ai, alors que je faisais partie de l’Assemblée de l’Union, déposé une proposition de loi sur les partis politiques. Mon texte a été repris par un autre parlementaire. Cependant, je regrette que certaines dispositions aient connu des changements notables. Je réprouve par exemple les conditions restrictives liées à la reconnaissance des partis contenues dans l’article 7 lesquelles précisent : que « Tout parti politique perd son statut juridique s’’il n’est pas représenté à l’Assemblée de l’Union par au moins quatre  (04)élus issus des îles autonome des Comores, s’il n’est pas représenté par au moins deux élus dans les assemblées des îles autonomes, si lors des élections municipales, législatives et présidentielles  s’il n’obtient pas au moins 5 p 100 des suffrages exprimés sur l’ensemble du territoire national. »  Cet article est très ambigu et doit être amendé.

Moi, j’avais proposé à l’époque que L’Etat accorde aux partis politiques ayant obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés à l’occasion des élections générales législatives, au titre de l’ensemble des circonscriptions électorales locales, une subvention annuelle pour la contribution à la couverture de leurs frais de fonctionnement. Le montant global de cette subvention est inscrite chaque année dans la loi de finances La répartition du montant de la participation de l’Etat au titre de la subvention annuelle entre les partis politiques est calculée sur la base :

1 – du nombre de sièges de chaque parti politique au Parlement, conformément à un état établi annuellement par les présidents des Assemblées, chacun en ce qui le concerne, dans le mois qui suit la date d’ouverture de la session d’octobre ;

2 – du nombre de voix obtenues par chaque parti politique aux élections générales législatives, au titre des circonscriptions électorales insulaires.

Dans le même texte : j’ai proposé que soient exclus des partis politiques les militaires de tous grades en activité de services et les agents de la force publique, les magistrats de toutes les juridictions ainsi que les agents d’autorité et auxiliaires d’autorité. Et Les statuts doivent prévoir un nombre proportionnel de femmes et de jeunes devant siéger dans les instances dirigeantes du parti.

Je réprouve également ces dispositions de la loi qui obligent les dirigeants des formations politiques à avoir leur domicile ou leur résidence sur le territoire nation Moi, je soutiens que les partis politiques d’ont les siège se trouve à l’extérieur de Comores, pour être reconnus  doivent déployer leurs activité aux Comores.

C.P : Un accord de défense et de coopération entre les Comores et la France dont le contenu est la question de Mayotte, est négocié, à Paris par HCP (haut Conseil Paritaire). Que pensez-vous d’une signature de cet accord ? 

Y.S.S : Nous soilihiste, on a été contre à toutes signatures d’accord entre les Comores et la France. Nous considérons que l’occupation illégale de l’île comorienne de Mayotte ne peut pas permettre de signer tout accord avec la France. Nous devons reconsidérer notre relation avec la France, jusque à ce qu’il y ait une solution acceptable en rapport avec le statut de Mayotte.

CP : Le parti Djawabu présentera un candidat aux présidentielles de 2016 ? Si oui, en la personne de qui précisément ? Si non, pourquoi ?

Y.S.S : nous allons tenir un congrès extraordinaire pour l’investiture de nos candidats aux législatives et aux municipales. Nous aborderons ces questions. Il reste que les présidentielles ayant lieu en 2016, nous aurons largement le temps de traiter le sujet de nos candidats pour la Présidence, la Vice Présidence et ou le Gouvernorat.

CP : Youssouf Said Soilihi, merci :

Y.S.S : Merci de m’avoir donné cette occasion mémorable de m’exprimer sur les sujets d’intérêt national au moment où les Comores traversent des turbulences.

 

 

Propos recueillis par SAID YASSINE Said Ahmed

COMORESplus

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