L'entrepreneur MAMMahamoudou Ali Mohamed, leader de l’Alliance Nationale pour les Comores (ANC), est à la fois homme politique et homme d’affaire. COMORESplus, s’est entretenu avec lui sur différents horizons.

 

COMORESplus : Mr Mahamoudou Ali Mohamed, vous êtes à la fois un homme d’affaire et un homme politique comorien. Bien leader du parti ANC. Comment combinez-vous ces deux tâches qui ne sont pas moindres ?  

 

Mahamoudou Ali Mohamed : Une combinaison, comme vous le dites, pas très simple à faire fonctionner. Je travaille effectivement avec les deux activités. Je me consacre à mes activités professionnelles dès 8h00 du matin, organise les choses avec mes collaborateurs, fait le tour des sites ensuite ma proche collaboratrice fait la coordination et m’informe. En ce qui concerne l’activité politique, le bureau politique et le secrétariat de l’ANC jouent leur rôle. Dans les deux activités, j’ai cette habitude de travailler en équipe, avec chacun à sa place et sa fonction et moi je délègue, contrôle et dirige.  

 

CP : Laquelle de ces deux occupations, vous marque de priorité ?  

 

M.A.M : Dans la semaine, ma priorité va au côté professionnel et vendredi, samedi et dimanche sont consacrés à la politique. Réunion avec les coordinateurs de l’ANC une fois par mois. Déplacement dans les « bavous » deux  fois par mois et un déplacement hors du pays pour  l’Internationale Libérale une fois par trimestre.  

 

CP : Sur la scène politique comorienne, on vous connait nouveau par rapport à certains leaders. Et lors des dernières législatives, l’ANC avait des candidats dans presque toutes les régions de l’archipel. Comment expliquez-vous cela ?  

 

M.A.M : Je suis politicien par accident, par la force des choses. Notre parti existe depuis seulement  septembre 2009. Créé  après une succession de mouvements sociaux conduits par les fondateurs du parti pour la défense de droits sociaux bafoués et d’intérêts économiques privés grandement menacés par le président de pays de l’époque SAMBI. Ce dernier poursuivait l’ambition d’envahir toute l’économie du pays et de la laisser entre les mains de groupes opportunistes venant des pays du Golfe. Avec la faillite ou l’échec des partis politiques de la place à combattre à dénoncer cet envahissement illicite mettant à mal le peu de l’économie du pays, nous avons pris la décision de nous regrouper en entité politique légalement reconnue pour combattre les atteintes de la société civile et le bafouement des intérêts des citoyens, la dénonciation d’actes de corruption conduits par les autorités et le respect l’investissement local privé. L’opportunité de l’imminence des élections législatives de 2009 a fourni une large plateforme au jeune parti ANC, ainsi le parti a trouvé une assise dans les différentes régions du territoire jusqu’à couvrir  87.5 % des circonscriptions législatives.  

 

CP : Et pourquoi l’ANC n’est pas représentée, ne serait-ce que par un élu, à l’assemblée nationale ?  

 

M.A.M : Nous avons été vaincus par la corruption, malgré notre deuxième position en termes d’électorat, et à cause du système électoral pratiqué, l’ANC n’a eu aucun député. Mais d’après les résultats officiels de la Cour Constitutionnelle, la mouvance SAMBI a eu 96.087 voix et l’ANC en deuxième position a eu 14.856 voix. CRC en quatrième  position, Dudja en sixième position et Chuma en septième position. À titre d’exemple, nous aurions dû avoir  trois élus directs au premier tour à Bandrani, Domoni II et Ouani à Anjouan et trois candidats au deuxième tour à Ngazidja, Moroni Nord, Hambou et Itsahidi. Toutes nos cautions ont été remboursées à Anjouan et  60% de nos cautions à Ngazidja. Pour nos « gars » ce fût un succès !!  

 

CP : Comme le parti ANC est un parti capitaliste et vos agissements sont de nature révolutionnaire, il n’y a pas de paradoxe là-dessus ?  

 

M.AM : Correction, l’ANC n’est pas un parti capitaliste mais un parti libéral. Et permettez-moi de vous éclairer sur la grande différence. Le libéralisme ne peut être confondu avec le capitalisme : la loi du profit (capitalisme) s’adapte très mal avec certains principes libéraux comme la transparence du marché. La confusion que vous aussi faites comme beaucoup, découlent des incertitudes qui entourent la définition du libéralisme et qui conduisent à l’assimiler au capitalisme. Le libéralisme se veut une philosophie politique et morale fondée d’abord sur le respect des droits  et l’autonomie des citoyens. Il est indissociable de la démocratie dans sa triple composante de pluralisme des opinions et des partis, de modération des institutions et de vigueur de l’État de droit. Il trouve enfin dans le développement du marché et de la libre concurrence le moteur du progrès économique et social. Il vise à mettre les hommes en situation de devenir des citoyens capables et dignes d’assumer la responsabilité de la liberté et de la défendre le cas échéant. Et dans notre pays, cela vous semble en effet révolutionnaire, alors j’en suis fier.  

 

CP : On vous connait toujours opposition depuis la création de l’ANC, cela n’affaiblie pas votre formation politique ou plutôt le favorise ?  

 

M.AM : Nous sommes dans l’opposition car nous ne partageons pas la  même vision avec le régime en place. Je vous rappelle qu’il s’agit du même régime depuis 2009 que l’ANC existe. Nous ne mendions pas des postes, nous voulons faire changer de cap au pays et le mettre sur une voie pour espérer le mettre sur les rails d’un développement.  

 

CP : Et si vous êtes appelé à faire partie d’un gouvernement du régime en place, auriez-vous accepté ou non ?  

 

M.A.M : Même différents, nous pouvons aller vers des compromis  si ce régime veut se donner les chances de se refaire et ne pas sombrer. Ceux-là du régime en place nous suivent bien et connaissent notre vision politique et nos objectifs. Alors si  nous sommes appelés à faire partie d’un nouveau gouvernement, bien-sûr que nous ne refuserons pas d’un trait. Il y a au minimum trois postes stratégiques que nous réclamerons pour ne pas nous parjurer et pouvoir travailler.  

 

CP : Il y a quelques mois, le régime en place avait célébré une fête, suite à l’admission au bénéfice de l’allègement de la dette au titre de l’initiative PPTE. Comment jugez-vous cela ?  

 

M.AM : En Octobre 2012, Le pays disposait de deux mois pour finaliser les préparatifs pour le point d’achèvement de l’’IPPTE. Un « machin » qui vise à un “renforcement des liens entre l’allégement de la dette, la réduction de la pauvreté et la politique sociale“. Avec une dette dépassant les 200 millions de dollars, les Comores étaient au  bord de l’asphyxie. Au premier trimestre 2012, la croissance du PIB semblait être là et L’État comorien s’enorgueillissait de respecter une bonne  mobilisation des recettes publiques, d’avoir  maitrisé de la masse salariale et sa régularité. (Argent provenant de la citoyenneté économique ?). Les Comores avaient rempli les conditions pour atteindre LE POINT DE DECISION, et bénéficier dans un premier temps, d’une assistance au titre de l’IPPTE. Le pays avait donné la « preuve !! » d’avoir procédé à des réformes et mené une politique économique « avisée !! » dans le cadre de programmes appuyés par le Fmi et la Banque Mondiale et « mis en œuvre (!!) »  Le document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP). La BAD avait  commencé avec l’effacement des trente-cinq millions de dollars de la dette et selon le Fmi, tous les repères structurels prenant fin en septembre 2012 avaient été respectés (!!):    

adoption d’une loi sur la création de la nouvelle administration des impôts : ok mais elle n’est pas appliquée !!  

nettoyage de la liste des fonctionnaires : pas réellement fait!!   

achèvement d’une étude de faisabilité de la mise en place d’un système informatisé intégré de gestion des finances publiques : pas fait !!   

Nous étions à l’étape, la plus décisive, du point d’achèvement pour espérer recevoir la réduction intégrale et irrévocable de la dette. À ce titre, L’État comorien devrait continuer à donner la preuve de bonnes performances  en exécutant les grandes réformes convenues au point de décision. Les autorités comoriennes devraient procéder à l’expertise sur la gestion de la société d’électricité, à l’adoption d’un plan social rationnel pour Comores Telecom, pour permettre la privatisation et enfin à l’accélération des changements de gestion de Ma-mwe et de la Société comorienne des hydrocarbures. En décembre 2012, tout cela n’a pas été réalisé mais nous avons passé le point d’achèvement comme par un miracle que je ne suis pas encore arrivé à élucider.

 

CP : En tant qu’autorité politique comorienne, comment apercevez-vous le climat politique du pays ?  

 

M.A.M : Très mauvais. Une situation tragi-comique où nous avons des  exécutifs qui ont trahi leur «père ». Un mouvement politique qui réclame son dû comme dans un film western. Une corruption phénoménale. Des dossiers politiques d’importance non traités (Assassinat de Combo, réintégration/retour des séparatistes, pavillons comoriens, citoyenneté économique, communes). Et pour couronner l’ensemble, des dirigeants politiques qui pensent aux présidentielles en se rasant, le tout sur fond de crise économique qui a anesthésié les comoriens.  

 

CP : Il y a quelques moments, un conflit foncier, dont le domaine de Handouli vous avait opposé à un homme d’affaire étranger. Avez-vous perdu ce combat ou non ?  

 

M.A.M : Le litige est toujours en cours. Avant la nomination de Boléro, ce dossier végétait bizarrement au tribunal. Mais aujourd’hui nous nous sommes mis à croire encore à la justice de notre pays.  

 

CP : Et quel a été le rôle du régime en place dans cette affaire ?  

 

M.A.M : La société CBE a été spoliée par HSS/Kulak avec la bénédiction active du régime SAMBI. Après le départ de Sambi , Mr Dossar est devenu un cadre supérieur de la société HSS.  

 

CP : Un coup d’Etat vient d’être déjoué il y a quelques jours. Que pensez-vous des commanditaires ?  

 

M.A.M : Nous ne connaissons pas encore les commanditaires.  

 

CP : Envisagez-vous une éventuelle candidature aux prochaines présidentielles ?  

 

M.A.M : Nous faisons de la politique. Et la finalité est de diriger ce pays pour appliquer notre vision qui nous permettra à tous de vivre décemment et en paix dans notre pays. Aussi nous serons candidats à toutes les échéances électorales  pour atteindre  nos objectifs politiques.  

 

CP : Mahamoudou Ali Mohamed : Merci.  

 

 M.A.M : Je vous remercie de même.  

 

 Propos recueillis par SAID YASSINE Said Ahmed  

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