NNatuk Mohamed, Adjoint administratif à la Mairie de Montbéliard... président de l’Association Enfants des Comores en France.

COMORESplus : Vous êtes un grand actif dans la communauté comorienne de Montbéliard, vous avez quel statut au sein de cette communauté ?

NATUK Mohamed : Je tiens à vous remercier de m'avoir permis de m'exprimer dans votre blog et vous encourage dans cette direction c’est-à-dire, donné la parole aux différents acteurs. Pour répondre à votre question je n’ai pas de statut particulier, juste un Homme disponible au service de la communauté comorienne du Grand Est. Par contre sur le plan associatif, je préside l’association Enfants des Comores en France domicilié à Montbéliard.

CP : Comment êtes-vous organisés au niveau de la communauté dans cette ville et sa région ? 

N.M : A l’image de l’archipel, nous n’avons pas de distinguo entre comorien de Ngazidja, Maroe, Ndzuwani ou Mwali. Nous formons la même communauté de destin et organisons nos activités en fonction de nos besoins. Par exemple, suite aux dernières inondations, la communauté s’est mobilisée pour collecter divers produits (médicaments, scolaires, vestimentaire…) afin d’assister les populations  vulnérables.

CP : Y a-t-il des rapports entre l’organisation des comoriens de cette région et ceux qui sont aux Comores ?

N.M : On n’a pas de rapport particulier avec des organismes aux Comores, juste dans le but d’éviter les risques de mal entendu.  Le grand Est, est une addition de régions (Alsace, franche comté, territoire de Belfort...), nous choisissons la spontanéité à l’exemple précité. Nous avons travaillé avec le croissant rouge comorienne.

CP : Arrivez-vous à vous organiser des activités en permanence ?

N.M :La communauté de la région  organise régulièrement des activités, tels que le mois de naissance du prophète Mohammad ou le 1er Muharram jour de l’an musulman, mais aussi notre association organise  d’une façon permanente  des manifestations culturelles telles que « la fête au village ! » et des journées culturelles,

CP : Contrairement aux comoriens de Marseille, Paris et Lyon, on vous entend moins ou presque pas. Pourquoi, cela ?

N.M :Oui et pourtant le 1er comorien est arrivé ici vers les années 60 pour travailler dans l’industrie automobile. Car cette région est le berceau de la famille Peugeot. Des flux migratoires se sont opérés mais la majorité des compatriotes venait travailler et retourné vivre dans les villes citées, Paris, Marseille généralement. Pour cette raison, il n’y a pas eu d’activité d’envergure pouvant attirer l’attention de la diaspora. Mais depuis 2011, nous sommes entrains de changer cette donne. Et invitons régulièrement dans nos manifestations les médias comme la télévision comorienne ORTC.

CP : Quels genres de société comorienne vivant à Montbéliard ?

N.M : Comme expliqué précédemment Sochaux-Montbéliard est un des plus grands sites de l’Usine Peugeot en France, presque 80% de son économie y dépend directement ou indirectement. Ce qui fait que la 1ère génération des comoriens était ouvrier. Par contre la seconde arrive à se trouver d’autres alternatives par exemple dans l’administration, le transport, on a même un médecin...etc.

CP : Récemment, plus précisément, le 6 juillet dernier, vous étiez l’un des responsables du déroulement de la cérémonie de la 38ème année de l’indépendance des Comores à Montbéliard, pour quoi cet activisme ?

N.M :Etant comorien bien convaincu, quand je suis arrivé, j’ai vite constaté que mon pays est très mal connu. Et ceux qui croient le connaître me demandaient «  c’est à côté de Mayotte ? ». A partir de là est naît l’idée de créer avec mes compatriotes, l’association « Enfants des Comores en France » afin de promouvoir notre pays dans la région et particulièrement dans l’agglomération de Montbéliard. Plusieurs manifestations ont été organisées et aujourd’hui notre communauté a sa place dans le paysage culturel de la ville. Cette année, j’ai porté le projet UHURU=LIBERTE pour rappeler que les Comores sont un archipel de quatre îles qui sont  Mayotte, Anjouan, Moheli et Ngazidja. Et que son peuplement est le résultat d'un mélange donc véritable métissage de civilisation recherchant un idéal commun qui est la liberté.

C.P : Cette manifestation précitée s’organise tous les ans ou ce n’est que la première fois ?

N.M :Cette année est la 1er fois mais nous souhaitons l’installer dans le temps, pour que demain nos enfants pussent s’y  approprier.

CP : Quelle a été la motivation des compatriotes vis-à-vis à cette manifestation ?

N.M :Comme s’était la 1 ère  édition, la motivation était hésitante de la part de mes compatriotes, ce qui est normale, mais la fierté de chacun de célébrer l’indépendance de son pays a fait de cette journée une réussite.

CP : Avez-vous rencontré des difficultés pour l’organisation de cette cérémonie ?

N.M :La ville de Montbéliard est ouverte aux cultures étrangères, ceci explique son dynamisme. Donc, elle a accepté d’être notre 1er partenaire dans nos différents événements. Pour ce qui concerne la célébration du 06 juillet, elle était présente du début à la fin et, elle nous a offert l’opportunité de nous produire lors des ces festivals d’ETE. Je profite de l’occasion, au nom de la communauté de remercier l’équipe municipale de son soutien inconditionnel pour la promotion de la culture comorienne.

CP : Des artistes de tous bords, ont pu honorer cette manifestation ?

N.M :Différemment des activités que nous avons l’habitude d’organiser. Sur trois semaines de manifestation, nous avons voulu autour de cette date, promouvoir  notre  richesse culturelle dans divers angles. Sur le thème : Comores, un archipel de cultures. Plusieurs artistes ont répondu volontairement à notre invitation. La littérature était exposée par notre écrivain conteur Salim Hatubou, la peinture par notre ami peintre Bafakih, complétée par la galerie d’art « comorart », et aussi l’artisane Bahati-bijoux qui met le tissu comorien en valeur. Sans oublier l’artisanat comorien qui était aussi exposé. Coté musique, le doyen des artistes de la diaspora en activité, SOULAIMANA Cheikh a garanti un show reflétant notre diversité musicale.

CP : Quelles sont vos orientations des années qui viennent, au niveau de la communauté comorienne de Montbéliard ?

N.M : A partir de la réussite enregistrée cette année sur le projet UHURU, la communauté souhaite instaurer dès l’année prochaine une tournée dans les autres communes. Nous avons jugé nécessaire qu’au lieu que chaque  ville  célèbre seule dans son coin, nous retrouver à tour de rôle. Ceci permettra d’être visible dans nos actions. L'année prochaine nous participerons au festival international de conte qui a lieu tous les ans ici à Montbéliard.

CP : Peut-on songer à une intégration des comoriens de Montbéliard et sa région dans la vie française ?

N.M :Contrairement à d’autres Associations de la diaspora qui existent ici et là. Nous optons pour l’intégration, l’ouverture et l’échange culturelle. Lors de nos différentes manifestations, nous avons ciblé le public étranger qui ne nous connaissait pas. À l'exemple la « fête au village2012 » des enfants issus d’autres cultures ont présenté un spectacle de danses traditionnelles comoriennes. Nous participons aux festivals pour faciliter l’intégration. Nos enfants sont français donc par définition n’ont pas vraiment besoin d’être intégrés, par contre ils sont d’origine comorienne, là notre association se donne l’obligation de constituer ce cordon afin de les rapprocher de leurs racines. Les rappeler d’où ils viennent en organisant différentes activités. Et surtout leurs inculquer nos valeurs de base : tolérance, respect et générosité.

CP : De quelle manière ?

N.M :Aujourd’hui grâce à internet, la mondialisation devient la règle. Donc les Comores ne pourraient échapper. Et heureusement. La démocratisation des Blogs est une  conséquence que je pourrais même qualifier d’externalité positive. Même s’il y a une minorité de personnes animées de mauvaise conscience qui utilisent cet outil pour désinformer le public. Ce qui est dommage mais cela ne m’inquiète pas dans la mesure où, la démocratie est un processus long et nous ne sommes qu’au début. Par contre je tiens à encourager et soutenir ces initiatives car ils nous permettent de suivre quotidiennement ce qui se passe au pays et surtout nous aident à réagir à l’instant. C’est un vecteur de rapprochement et outils d’actions pour nous qui sommes loin du pays et souhaitant participer dans le débat pour le développement socio-économique des Comores. A l’image des révolutions arabes, l’outil blog joue un rôle stratégique.

CP : Votre dernier mot.

N.M :« Ne demandes pas ce que ton pays peut faire pour toi mais plutôt ce que toi tu es capable de faire pour ton pays » une vision que j'adhère totalement. Je lance donc un appel à la jeunesse de la diaspora et ceux qui se trouvent sur place là-bas au pays de ne plus être spectateur. Il faut qu'elle devienne acteur du changement avant que cela ne soit trop tard. Chacun dans son domaine de compétence, dans son environnement ou milieu social, doit apporter sa petite pierre pour la des Comores meilleurs de demain dont je rêve prospère.

CP : Natuk Mohamed, merci !

N.M : A vous pareillement, merci !

Propos recueillis par Assoumani Maoulidi (Parabolik)  

COMORESplus

Retour à l'accueil