428634 331049563600235 1540678053 nSi nous admettons que la notabilité existe avant la notion moderne de "Politique", je crois que nous accusons à tort l'immixtion de cette classe dans la politique comorienne. Une classe issue de l'institution coutumière, donc de Anda na Milla. Lors des sultanats, la notabilité comorienne avait joué un rôle politique très important, me semble-t-il. Comme l'Eglise en occident dans les Régime d’autrefois. Aux Comores, la fin des Sultanats, la colonisation, la décolonisation et la naissance de la République peuvent être assimilées à une séparation de fait de la notabilité, entre cette institution coutumière et celle de l'Etat. La Notabilité est une entité, comme les autres entités de la Société Civile, Commerciale ou Religieuse. Elle peut être consultée pour donner son avis sur des sujets ou projets précis, comme elle peut demander rencontrer le Chef de l'Etat ou les autres autorités étatiques pour solliciter des projets ou lancer un cri d'alarme sur les dysfonctionnements sociétaux ou valeurs. Malheureusement, les "pères de la République" n'ont pas su incorporer le rôle de l'Etat, et la Politique à égard de cette entité. Une des entités composantes de notre Société. Les politiques ont choisi la voie la plus facile. Celle d'utiliser les notables à leurs tours. Ils en ont profité la brèche en imposant leurs intérêts. Il me semble que les politiciens comoriens ont eu recours aux notables et se laissaient comme se laissent influencer par eux. Peut-on parler d'une "défaillance de communication" ou "d'autorité" de nos gouvernants ou des politiciens à l'égard de la notabilité ?

Réflexion de la prédominance de la notabilité

Si nous essayons de faire un tour d'horizon dans d'autres pays, on peut y avoir des phénomènes similaires à celle des Comores. Par exemple l’influence de l'Eglise dans l'Ancien Régime et son utilisation sur la croisade à la Colonisation. Les philosophes de lumière et la Bourgeoisie dans la Révolution françaises. Il y a aussi l'influence de la mafia à l'accession du pouvoir, institution et marché public en Italie, et j'en passe. Les hommes publics, l'Etat ou toute autre organisation peuvent utiliser une entité influente pour arriver à leurs fins. En revanche, l'Etat ne devrait pas se laisser influencer par cette entité, puisque c’est lui seul qui devait avoir l'exclusivité de la puissance publique et l'orientation de l'intérêt général. Certes de nos jours, la puissance publique est prise par les multinationales, par les "industries de lobbying" tel que le Groupe de Bilderberg. Dans notre pays, l'histoire nous montre la défaillance de l'Etat et la lâcheté des hommes politiques, face à la notabilité. Une défaillance de laquelle cette dernière tire le profit de jouer un rôle d'influence dans les institutions et services publics

La Notabilité dans les institutions et le Services publiques

Le devoir moral de reconnaître l'effort d'une entité coutumière, d'avoir contribué l'ascension d'une personnalité politique au pouvoir et pour mettre en application son projet politique dans l'intérêt général et le bien-être de nous tous, s'est transformé à une dette à l'égard de la notabilité. Celle-ci a su saisir cette faille. Elle participe souvent à la nomination des membres de gouvernement. Personne n'ignore les usages et pratiques des Présidents de la République sollicitant les notables de lui proposer un enfant de la Ville ou Région. Parfois, elle fait le choix d’un candidat à l'élection législative. Personne n'ignore les usages des personnalités politiques mobilisant les notables d'une ville ou d’une Région pour solliciter un poste de Directeur de Service public. Ces pratiques ont permis également d'accroître l'influence des notables à des experts de ressources humaines, postulants et recrutant les Fonctionnaires de l'Etat. Le ministre et Directeur nommés grâce à l'effort des notables, sont contraints de renvoyer l'ascenseur à l’envoyeur. C’est ainsi que les recrutements de leurs enfants et proches s’imposent, même s'ils sont incompétents. C'est l'une des raisons pour lesquelles, on voit une mobilisation des notables pour étouffer l'affaire si un Directeur est poursuivi pour abus de confiance. Les notables ont exploité d'autres lacunes. Ils sont devenus des conseillers politiques et fonctionnaires.

Les notables dans les Hautes Fonctions de l'Etat

Nous connaissons l'une devise de notables: Prestige, Honneur, Intérêt (Mkatrio, Bakchich...). Les politiques choisissent les notables les plus influents de la Ville, Région et Île… pour les utiliser en politique. D'où la naissance de la "politique d'enveloppe" et qui perdure. Les notables ont profité ainsi cette lacune des politiques et dirigeants. Ils sont infiltrés par exemple à Beit Salam et à Mtro-djuu et y créent leurs "Bureau à ciel ouvert". Le célèbre Bureau de "Myembé djuu du Beit Salam" depuis les années Abdallah. Là, ils sont devenus des fonctionnaires et contractuels de l'Etat avec un budget alloué par la Présidence. Avec le temps, le statut de fonctionnaire de fait a évolué. Ils ont été même loués un immeuble sous Sambi. Ces hommes à l’écharpe sont devenus des politiciens chevronnés, des conseillers politiques et des hauts fonctionnaires d'Etat par la complicité de nos gouvernants et celle de ceux qui sont à la conquête du pouvoir. Pourquoi accusons-nous les notables de s'immiscer dans la politique et l'administration publique au lieu d'accuser et interpeler les gouvernants et les hommes politiques de cette défaillance?

Perspectives de réformes

En me délimitant aux relations et influences des notables dans la vie politique et institutionnelle, et en laissant aux économistes et sociologues l'aspect économique et sociologique de cette héritage culturelle, aux méfaits et avantages du système et structures de Anda Na Milla dont ressortent les notables. Je crois qu'il est temps de définir juridiquement cette entité culturelle, délimiter leurs relations avec l'Etat comme les autres entités. Si les autorités ou le Président de la République rencontrent les notables mais en tant qu'entité organisée et interdire les défilés de Rendez-vous à la Présidence de nos régions et nos villes (genre ridja rihunge mhono) et les cortèges d'accueil dans les aéroports. Si les notables veulent voir les autorités, seulement, sur un ordre de jour défini avec leurs représentants...

Mohamed Hadji

COMORESplus

 

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