mini2 mini Msaidie[1]Il faut un homme et une équipe convaincus des vertus de la démocratie

 

Son leadership conteste au sein du parti, malgré une confirmation de sa légitimité par la loi, Houmed Msaidie, nous a accordé un long entretien. " Militant de la cause de l'ANC à un moment où le gouvernement comorien collaborait avec le régime d'apartheid", le secrétaire général de la CRC réfute catégoriquement l'étiquette "des soi-disant accointances entre mon parti et le Quai d'Orsay" et œuvre pour l'émergence "d'une alternative crédible". Comme "l'unité du parti n'est pas une fin en soi», " Nous nous employons avec d'autres à dégager une dynamique unitaire pour relever les défis présents et à venir". Néanmoins, rendez-vous en mai pour la présentation du programme de la CRC.

 

COMORESplus : M. Houmed Msaidié, le monde vient de perdre une figure historique et l’Afrique un leader charismatique, que vous inspire Nelson Mandela ?

 

Houmed Msaidie: Effectivement l'Afrique vient de perdre un leader qui transcende et le temps et l'espace. Nelson Mandela marquera l'histoire de l'humanité jusqu'à la fin des temps et cela on l'a constaté lorsque pratiquement toutes les nations du monde ont mis leur drapeau en berne au lendemain de sa disparition. Pour moi sa dimension particulière demeure son sens du pardon et du réalisme. En effet les États-Unis d'Amérique ont mis des siècles pour tant soi peu réconcilier les communautés qui y vivent alors que Mandela l'a réalisé dès sa sortie de 27 ans de bagne. Mandela est pour moi un homme d'exception après les prophètes de Dieu. Et cela je ne le dis pas pour suivre une mode aujourd’hui. Je veux simplement rappeler que pendant mon exil consécutif au coup d’Etat de 1978, j’ai sillonné plusieurs pays africains et qu’en Tanzanie et en Algérie, j’ai été un militant de la cause de l’ANC, à un moment où le gouvernement comorien collaborait avec le régime d’Apartheid qui était honni dans le monde entier.

 

CP: On a l’impression que les Comores balancent entre l’Orient et l’Occident qu’il y a une guerre intestine entre arabisants et francophones. D’ailleurs on prête à votre parti et au dircab Boléro d’être les artisans et les oreilles du Quai d’Orsay. Quelle est la réalité ?

 

H. M: Notre société ne peut pas se permettre le luxe de guerres inutiles. Nous sommes les produits de la rencontre de plusieurs cultures, nous devons considérer cela comme une richesse et non comme des motifs d’affrontements entre nous. C’est en acceptant la diversité de notre héritage que nous pouvons mieux nous présenter dans un monde qui est devenu globalisé. La Crc s'inscrit dans une démarche d'intégration effective de nos cultures dans la vie quotidienne, dans la vie administrative et dans la vie politique. Et le pays doit dégager des moyens pour faire en sorte qu'en classe de Terminale le jeune Comorien puisse non seulement parler le français et l'arabe, mais également le swahili et l'anglais. Le monde étant ce qu'il est, interdépendant et mondialisé, les Comores étant ce qu'elles sont, pour le moment pauvres, le jeune Comorien doit être muni des outils qui lui permettent de s'épanouir au pays comme à l’international. A cela il faut ajouter que ces quatre langues plus le Portugais et l'Espagnol ont influencé à des degrés divers notre propre parler. Quant à vos supputations sur des soi-disant accointances entre mon parti et le Quai d’Orsay, permettez-moi de vous dire que je regrette que des gens aussi sérieux que vous, reprennent des propos de comptoirs qui ne reposent sur rien. Si vous avez des faits concrets, parlons-en, mais sachez qu’en ce qui me concerne, je suis en politique depuis 1975 et jamais je n’ai joué contre mon pays, jamais je ne jouerai contre mon pays. C’est insensé ! Pourquoi avantagerais-je un pays contre le mien ? Il faut être sérieux un peu ! Ce que vous demandez aux homes politiques, il faut vous l’appliquer à vous mêmes, à commencer par respecter les principes fondamentaux du journalisme et ne pas lancer des accusations gratuites et sans fondement.

 

CP: Les détracteurs prennent appui par ex sur le HCP de Boléro votre parti soutient-il cet accord décrits par certains ?

 

H. M: Où est cet accord ? Le document en circulation émane de la partie française, il date de 2008, soumis comme document de travail lors du Gthn. J'ai cru comprendre que des négociations ont débuté, fin novembre 2013. Moi j'ai toujours vu des signatures lors des négociations en bout de course et non au début et sur les points dont les parties sont d'accord. Il est vrai que la question de Mayotte est chargée d'émotion mais il faut savoir raison garder. Pour sa part la Crc milite pour des négociations avec toutes les parties impliquées, avec comme objectif prioritaire et urgent la suppression du visa Balladur qui en plus d'être meurtrier, est également inutile. Toutes les parties ont l'impérieuse obligation de tout faire pour rapprocher la population des 4 Iles pour qu'elles puissent enfin travailler ensemble pour un avenir stable et meilleur. En tant que Secrétaire Général de la CRC, je peux vous affirmer que mon parti milite pour des négociations avec toutes les parties impliquées avec comme objectif prioritaire et urgent la suppression du visa Balladur, qui en plus d'être meurtrier, est également inutile.

 

CP:  Pour un parti de l’opposition vous êtes moins virulents. On sait que le dircab est en congé du parti mais pas ses idées. D’ailleurs il se considère comme leader naturel. Comme il est considéré comme le premier ministre la CRC est elle dans l’opposition ou dans l’alliance ?

 

H. M: Un parti peut être considéré au pouvoir s'il dispose de la totalité de ce pouvoir, s'il le partage ou s'il soutient le pouvoir. La Crc ne se trouve dans aucun de ces cas de figure. Et elle dénonce chaque fois que cela s'avère nécessaire. La virulence n'est pas forcément synonyme d'opposition.

 

CP:  Karihila disait dans la Gazette à propos des relations franco comoriennes que les Comores n’ont pas "de préalables mais des priorités". Partagez vous cette analyse ?

 

H. M: De quelle analyse parlez-vous ?

 

CP: Le PEC de FSI à présente dernièrement son livre blanc avec ses 90 mesures, quelles sont vos solutions pour redresser le pays ?

 

H. M: Bien sûr nous saluons les initiatives du pec et du Mouroua d'enrichir le débat politique parleurs propositions. Et effectivement lorsque les électrices et les électeurs nous ouvriront la voie du pouvoir eh bien oui nous publierons des livres blancs. Ces livres blancs traduiront largement nos engagements chiffrés que nous présenterons dans notre programme en phase de finalisation pour. L'initiative du Pec et du Mouroua nous oblige à présenter incessamment notre vision pour les dix ans à venir. Cette vision sera déclinée en programme quinquennal avec des objectifs chiffrés et une identification des moyens financiers pour les réaliser. D'ici le mois de mai au plus tard, notre démarche étant d'abord de réunir le maximum des forces pour le changement pour qu'ensemble nous proposons une alternative crédible à la situation actuelle.

 

CP: Le président du CADIM Achiraffi a affirmé dans nos colonnes que " le droit est la première richesse d un pays», que comptez-vous faire pour atteindre cet idéal d’État de droit?

 

H. M: Monsieur Achiraf Said hachim a parfaitement raison. Si les Comores ne s'habituent pas à la culture du droit, le pays continuera à voguer. Il va sans dire que l'une des graves maladies qui frappent notre pays est le non respect de la constitution, des textes législatifs et règlementaires. Et cela veut dire tout simplement que c'est l'intérêt particulier qui prime sur l'intérêt général. Comment y remédier ? Cela demande du temps puisqu’il s'agit de changer le comportement des dirigeants à tous les niveaux ainsi que des administrés. Et pour y faire il faut à la tête de l'Etat un homme et une équipe convaincus des vertus de la démocratie et de l'Etat de droit. Je suis résolument engagé pour l'approfondissement de la démocratie, pour l'extension des droits à nos concitoyens et bien sûr pour l'instauration d'un véritable Etat de droit. Mais bien sûr la seule volonté humaine ne suffira pas. C’est pourquoi nous proposons de fusionner la Cour de constitutionnelle avec la Cour suprême, et prévoir à l’intérieur de cette institution une chambre qui examinera à priori tous les actes du gouvernement, des entités insulaires et de l’administration publique.

 

CP: Des scandales éclaboussent la classe politique. La dernière en date est liée a la vente de la citoyenneté économique. Or les parlementaires viennent de prolonger la loi pour 5 ans encore sans un bilan au préalable. Ce faisant la classe politique ne se décrédibilise pas plus et accentue le phénomène du tous pourris ?

 

H. M: J'ai cru comprendre que le Président de la République a donné des instructions fermes à la Commission Anti Corruption et a saisi la Cour des Comptes pour faire la lumière sur ces affaires. Le parquet qui est déjà saisi par des plaintes peut valablement déclencher l'action publique. Si ces institutions ne donnent pas suite à cette grande revendication populaire eh bien il ne restera qu'à mobiliser la population autour du départ des autorités qui ne tiennent pas compte des préoccupations de leurs concitoyens, des autorités qui ne respectent pas les engagements contractés.

 

CP: Que pensez-vous du travail de la commission anti corruption ?

 

H. M: Cette Commission se trouve dans un état de balbutiement, et elle a intérêt à sortir de cette situation, puisque nos compatriotes la considèrent comme mort-née. Sa jeunesse et les handicaps structurels ne peuvent pas justifier sa léthargie. Après tout, elle est régulièrement payée et les Comoriens attendent des résultats, d'autant plus que les phénomènes qu'elle est censée combattre prospèrent allègrement.

 

CP : Les élections arrivent à grand pas et votre parti est divisé. Son destin se jouera style Orange ou à la UMP ?

 

H. M : Nous ferons tout pour que le parti retrouve son unité. Cela étant ce n'est pas une fin en soi. Le paysage politique comorien est très éclaté. Il y a lieu de tout faire pour le recomposer, le rassembler sur des frontières claires et tout faire pour dégager une majorité d'idées lors des prochaines échéances législatives, des conseils des îles et des communes. Il serait dommage pour le pays, surtout en ce moment de défis multiformes, de sortir de ces élections avec des assemblées hétéroclites. Nous nous employons avec d'autres à dégager une dynamique unitaire pour relever les défis présents et à venir. Le chacun pour soi doit céder la place à l'unité des forces du changement pour amorcer enfin une véritable politique de croissance économique.

 

CP: Encore des alliances pour le pouvoir ? N’est il pas temps que le fondement de ces partis repose sur des idéologiesdes projets et doctrines claires et lisibles ?

 

H. M: Il ne faut pas être prisonnier des clichés. La Crc est d'obédience social-démocrate. Mais où sont les lignes de démarcation idéologique aujourd'hui quand on est en responsabilité ? La véritable interrogation porte sur une vision et un projet et les moyens de les mettre en œuvre. D’où la nécessité de se rassembler comme on le voit partout ailleurs dans les démocraties.

 

CP:  Après trois tournantes, le tour de manège continue avec ses imperfections ou vous êtes de ceux qui appellent àune refondation nationale ?

 

H. M: Il y a lieu effectivement de poser cette problématique. Personnellement, je suis un de ceux qui ont participé à l'avènement de la constitution de 2001. Alors je fais partie de ceux qui doivent être jugés, Cependant, il va sans dire qu'à l'œuvre beaucoup de lourdeurs, beaucoup d'imperfections sont apparues et qu'il va falloir, d'une manière ou d'une autre, revoir. Alors faut-il pour autant réécrire une nouvelle constitution ? Le débat est ouvert, mais comme vous le savez l'initiative dans ce sens appartient à ceux qui nous gouvernent puisque nous ne sommes pas face à une crise ouverte et que Dieu nous en préserve.

 

CP: Un islam sunnite de rite chaféite dans la constitution n’était-ce pas une faute politique? Faut-il aujourd’hui convertir les comoriens musulmans chiites !

 

H. M: A ma connaissance depuis l'apparition des Comores sur la carte des géographes nous n’avons pas eu de conflits religieux dans notre pays, et je constate que malgré la présence des Chrétiens dans nos eaux depuis un siècle, nos compatriotes sont restés fidèles à leurs convictions religieuses sans agressivité ni affrontement. Tout doit être fait pour préserver le caractère tolérant de notre pratique religieuse.

 

CP: Vous conviendrez que des chiites comoriens ont été emprisonnes pour pratique religieuse. Une première dans le pays. Que faire ?

 

H. M: Une loi a été votée et promulguée. Elle doit être appliquée. Néanmoins la constitution protège la liberté de conscience et de culte et face à ces impératifs il y a lieu de mettre en place le Conseil des Ulémas prévu par la constitution.

 

CP: Depuis le 20 avril des personnes sont inculpées pour tentative de coup d Etat. Depuis et le régime et l’opposition se murent dans le silence. Le peuple ne mérite-t-il pas de connaitre enfin la vérité ?

 

H. M: Nous demandons la tenue dans le plus bref délai du procès, autrement la libération des détenus.

 

CP: Une partie de la diaspora réclame"ses droits et devoirs" et revendique une représentation légitime à l’assemblée et la participation aux élections. Qu’ en pensez-vous? 

 

H. M: La CRC soutient sans réserve la participation de la diaspora à la vie politique nationale, notamment à travers ses propres représentants élus au Parlement, ainsi qu'aux diverses autres échéances.

 

CP: Que pensez-vous de la privatisation de comorestelecom

 

H. M: Nous sommes pour l'économie de marché, Cependant nous sommes convaincus que l'Etat a les moyens dans le processus de privatisation de sauver les emplois. Après tout il y a plusieurs modes de privatisation, l'actionnariat par exemple. On peut aussi imaginer que si la privatisation de Comorestelecom s’accompagne d’une libéralisation du marché des telecoms et l’apparition de concurrents. Cette nouvelle situation peut permettre d’améliorer les services, de baisser les tarifs et de créer de nouveaux emplois.

 

CP: Plaidez-vous pour une société mixte ?

 

H. M: Effectivement, l'ouverture du capital des Comorestelecom nous parait une bonne chose pour le pays.

 

CP: Nos informations sont vérifiées deux fois plus qu'une et nous vous remercions.

 

H. M: C'est moi.

 

Propos recueillis : par Idjabou Bakari et Said Yassine Said Ahmed

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