579953_443803322296377_1034212585_n-1-.jpgKamalidin ben Ali est un militant associatif et politique. Un homme intègre. Toujours actif et amoureux de son pays, il traverse le quotidien des îles Comores. Il  est enfin, porte parole de la Gauche Révolutionnaire des Comores (GRC), mouvement militant pour une alternative socialiste aux Comores. Kamalidin ben Ali se confie à COMORESplus…

COMORESplus : Kamalidin ben Ali, vous êtes connu comme un militant de gauche depuis un bon moment, un homme politique socialement intègre. Etant loin du pays, que pensez de la situation, sociopolitique des Comores ?

KAMALIDIN BEN ALI : Loin peut-être aujourd’hui, mais tout près demain. Quand à la situation sociopolitique, je pense en toute humilité qu’un pays où on peut détourner aisément sans crainte, les deniers publics, marchander son existence, pendant que se paupérise, par volonté politique, la majorité de la population, est un pays qui a grandement besoin d’une révolution. Il faut un coup de balai. Ceux qui pensent comme moi doivent se mettre en marche avec nous. Et mettre en piste un programme révolutionnaire d’urgence.

CP : Depuis belle lurette, vous êtes militant du parti Front Démocratique. On peut vous accoler toujours de cette étiquette ?

K.B.A :Le Front démocratique a été crée en 1982 dans un contexte où il devenait de facto l’organisation politique visible qui représentait le mouvement révolutionnaire et patriotique des Comores ; un mouvement très divers par ce que il était dépositaire de l’histoire militante du MOLINACO, PASOCO, ASEC et Msomo wa Nyumeni. Cela, a été vrai, jusqu’au début des années 90. En participant au gouvernement Djohar, le FD se transformait en un parti politique à rôle équivalent que les autres. J’étais contre ce choix, par ce que le rapport de force était en notre défaveur ; par conséquent notre entrée, relevait beaucoup de l’opportunité que du service véritable au pays. Au début des années 2000, à l’occasion des élections présidentielles remportées par le colonel Azali, le FD avait appelé à voter pour ce dernier. J’ai pris connaissance de cette décision en même temps que Youssouf Moussa qui était avec moi, et aussi étonné que ma personne. C’est anecdotique, mais c’était symptomatique, de la mutation encours au FD. Par principe opposé à tout pouvoir militaire, j’ai trouvé cet acte inapproprié. S’est ajouté la difficulté du FD, à cogérer le système  Mdjidjengo, qui par essence est proto séparatiste. Partisan irréductible d’un Etat fortement unitaire et largement décentralisé, par ce qu’il préserve notre communauté de destin et renforce le sentiment collectif d’appartenance à la même Nation, je ne me retrouvais pas dans l’orientation politique des Midjidjengo dont Mohamed Bacar, chef séparatiste était un partenaire. Un chemin escarpé pour moi.  Pour être clair, je me situe ce jour, dans l’opposition au pouvoir Ikililou, pendant que Le FD est au conseil de ministre  avec Mohamed Ismaël au gouvernement. Au final, si le FD reste toujours un parti orienté à gauche, il n’a plus la capacité et pour cause, de représenter seul les aspirations révolutionnaires et patriotiques du pays aux quelles je suis profondément attaché. Voilà pourquoi la Gauche Révolutionnaire des Comores dont je suis l’un des porte-paroles, entend promouvoir les idées d’une alternative socialiste et patriotique. Ce n’est pas un énième parti politique, mais plutôt un mouvement culturel et idéologique qui bataille pour que se fasse l’unité des hommes et des femmes de gauche  de notre pays dans une organisation 100% intègre et 100% à gauche. 

CP : Du séparatisme à la tournante, que pouvez-vous tirer comme conséquences de ces deux trains ?

K.B.A :Le désastre ! Perte de temps pour le développement du pays, gaspillage des deniers publics, repli identitaire, y compris dans la Diaspora. Au final, dilution de l’Etat. C’est le bordel politique jamais organisé dans un petit pays.  Dans tout ce malheur, si la fameuse tournante pouvait servir à relier le fil avec les frères et sœurs de Maoré en 2016, ce serait la seule chose meilleure de cette vaste et horrible fumisterie ;

CP : Alors peut-on considérer l’autonomie des îles comme une institutionnalisation du séparatisme ?

K.B.A : Pire. Le séparatisme, idéologie inspirée par des manipulateurs extérieurs a fini par trouver des épigones dans notre pays; le travail de ces derniers a dépassé les espoirs de ses géniteurs : gangrène des esprits, complots en tout genre, manipulations, constitutionnalisation des différences, des identités et surtout de l’irresponsabilité. En conséquence, c’est la mort de l’Etat, du sentiment national, doublé d’une résurgence des haines les plus abjectes dans les villages, les régions et entre les îles etc… L’autonomie nous a été vendue comme étant un système d’équité parfaite entre les îles ; au lieu d’une décentralisation large et adaptée au pays. Finalement c’est un système qui officialise le féodalisme des sultans. Le seigneur c’est le gouverneur, et ses administrés sont ses vassaux. Comme tout système féodal qui se respecte, l’argent et les affaires du territoire sont gérés par le seigneur comme sa propre chose. C’est ainsi dans les 3 îles autonomes. Voilà une bêtise politique historique. En définitif, institutionnalisation du séparatisme, érection du féodalisme, clientélisme, favoritisme et violence.

CP : Ne pensez-vous pas que la constitution de 2001, créant l’autonomie des îles et le pouvoir central, soit une constitution budgétivore ?

K.B.A :Non seulement que cette constitution encourage l’irresponsabilité budgétaire, mais elle est criminogène. Une dépense publique irrationnelle, obère toujours l’avenir d’un pays. Ceux qui ont concouru à la rédaction de cette constitution, portent une responsabilité historique. Ils sont comptables des malheurs de notre peuple. Ce n’est pas un hasard, si les corrompus soient aujourd’hui passés à la vitesse supérieure ; justement, par ce que leurs parrains, hauts placés, se savent protégés par les institutions actuelles. En outre, ils ont conscience de former désormais une classe sociale dominante, intouchable, arrogante et choyée par les puissants avec des phénomènes de cour incroyable autour d’eux. En somme cette constitution déresponsabilise les gens et affaiblit l’État. C’est ahurissant !  

CP : Tous les sujets sont d’actualité aux Comores. Que pouvez-vous dire au sujet de l’entrée de Bashar Kiwan aux Comores et de sa sortie glaciale ?

K.B.A : Bashar et Cie, les vautours du même acabit, comme  ceux qui font venir ces financiers obscurs aux Comores ne pensent qu’à se faire du fric sur le dos de la Nation. Ce phénomène va s’amplifier au fur et mesure qu’on parlera de pétroles, de gaz etc… Les mêmes se rempliront les poches comme avec la citoyenneté économique. Ce qui, au demeurant ne les empêchera par coutume, de parler éhontément de lutte contre la corruption et de patriotisme, juste pour occuper le terrain de ceux qui oseraient d’aventure s’opposer à eux. Protéger sérieusement le pays contre ces prédateurs est un impératif; par la loi d’abord mais aussi par une structure dédiée à parité (public et privé); en encourageant toujours la création de richesse par des opérateurs locaux en priorité. On évitera les financiers aux projets bidon qui repartent après avoir mis à sac l’existant. Bashar lui-même n’était qu’un poisson-pilote, les vrais prédateurs sont toujours en piste avec des éclaireurs portant des masques « nationaux ».

CP : Que pensez-vous des délégations spéciales, qui restent un sujet dominant de l’actualité des insulaires ?

K.B.A :Que du mal. En République les maires ne sont pas nommés. Ce procédé est d’un autre âge et n’honore pas la démocratie. Rien ne peut justifier le piétinement des principes. Il faut que les responsables publics comprennent une fois pour toute, que seul le peuple est souverain. Autrement, c’est un déni de démocratie ; aussi il n’est pas du rôle des autorités publiques de participer à la division et faire ressurgir les conflits latents qui minent la vie des gens quotidiennement, dans les villes et villages de l’archipel. La concertation c’est mieux pour éviter les violences?

CP : Et l’intégration de la localité de Nkurani-ya Sima dans la commune de Nyuma Ngama, n’est pas injustement semblable du temps d’Abdallah où feu, Mohamed Taki fusionnait Héroumbili dans le Diamani ? Ou comment expliquez-vous ce revirement ?

K.B.A :Je pense qu’il s’agit d’une opération politicienne. Nkurani ya sima pèse lourd électoralement. Il faut remonter aux décrets N°11-148/PR, N°11-149/PR pour comprendre la genèse de tout ça. Je crois que le Gouverneur n’a fait ici que reprendre ce qui a été écrite. Mais cela reste une manipulation politicienne. A qui profite-t-elle ?

CP : Récemment, les comoriens ont été réveillés timidement par une tentative de « je ne sais pas quoi ». Car le chef de l’Etat a dit « de déstabilisation », les médias ont dit  « de coup d’Etat » et autres… « d’assassinat », qu’est-ce qui a causé en vérité l’indécision des uns et des autres ?

K.B.A :Il faut se mettre à l’évidence,  on ne saura pas de sitôt le fin mot de cette histoire. Beaucoup de personnes et pas forcément ceux dont on pense sont de près ou de loin concernées par cette affaire. Dans les sphères du pouvoir, ce n’est pas « amour, gloire et beauté ». Les chausses trappes vont se multiplier par ce que les intérêts des uns et des autres sont divergents.

CP : Etait-t-il normal que le président  agisse tardivement ?

K.B.A : Je pense qu’humainement il ne s’était jamais préparé à affronter une telle secousse. Pour autant, c’est dans la crise que la personnalité d’un individu se révèle. Est-ce Monsieur Ikilikou a tiré une leçon politique de ces événement ? Vaquera-t-il plutôt à ces occupations, ragaillardi par les manifestations contre le putschisme, ou opérera-t-il un changement de cap  en mettant de côté son comportement à vouloir contenter tout le monde  pour ne froisser personne ? Monsieur Ikililou est le chef des armées. Il a des grandes décisions à prendre pour reformer l’armée, nommer un ministre à temps complet pour la défense et supprimer le cabinet militaire qui sape l’autorité de l’Etat Major. En même temps, une audition de l’armée s’impose à la suite de sa défaillance récente. L’armée a le devoir d’être exemplaire. Il nous faut une armée républicaine, patriote, disciplinée ; une armée qui ne confond pas force et droit ; une armée à l’image de la Nation, sans les luttes internes et le repli identitaire. 

CP : Et l’opposition, qui a agit sept jours après le fait, c’est-à-dire, deux jours de plus de retard que ceux du chef de l’Etat ?

K.B.A :L’opposition ne pouvait pas réagir autrement. Elle n’en savait pas plus que le  comorais lambda. Je ne suis pas sûr qu’elle en sache d’avantage en dehors du discours officiel de Beit Salam. Dans les systèmes démocratiques il y’a des mécanismes officiels et non officiels qui permettent par de canaux républicains, publics ou secret, d’informer les responsables politiques des sujets majeurs surtout qui touchent à la défense du pays. J’ai été étonné, que l’opposition en aucun moment n’ait parlé des droits des présumés auteurs de la tentative, alors que la justice n’était pas saisie. Il faut se dire que des militaires qui arrêtent, mènent des enquêtes et interrogent, c’est plus que  dangereux. La démocratie et la république n’en sortent pas grandies par de tels agissements.

CP : Que pensez-vous de l’orientation que prennent les Comores du moment ?

K.B.A :Iilikou va sans aucun doute au mur. Comme ses prédécesseurs, il vit dans une bulle d’autosatisfaction et ne voit son peuple qu’à travers les discours des hommes de cours qui disent toujours du bien de son action pour être dans ses faveurs. Sur les sujets brulant du moment, il ne dit jamais rien. Les marchés truqués, rien ! Juste une allusion dans un discours. Tournante 2016 pour Maoré, rien ! La liste est longue.

CP : Une commission anti-corruption, que dites-vous de celle- là ?

K.B.A : De la poudre aux yeux. Il fallait des incorruptibles pour que ça marche dans cette commission, des hommes qui n’auraient qu’une seule obédience : celle de servir le pays.   Une commission c’est toujours pour enterrer une mission ou une idée. Celle-ci ne semble pas être différente des autres. Et pour tant elle a été  mieux lotie que le CNPA pour l’audiovisuel. Contre la corruption, Ikilikou doit sortir de son palais, arrêter les discours  et agir avec célérité. Il n’y a plus de premier ministre dans l’architecture constitutionnelle du pays. C’est lui seul qui est en première ligne. Il doit impulser l’action gouvernementale, mouiller la chemise en quelques sorte ; par exemple, commencer par  virer les personnes à la morale douteuse, incompétentes feignants. Contre la corruption Il n’ya toujours pas une vraie loi sévère et dissuasive, comme on n’a pas un dispositif institutionnel pour auditionner et vérifier la probité des futurs candidats à des postes de responsabilité étatique et paraétatique, avec contrôle de patrimoine à l’entrée et au sortir des responsabilités etc.. Si Ikilikou veut bien agir ! Il faudra aussi, un jour, parler de la révocabilité des dirigeants dans les débats futurs. Mais il faut une autre constitution. 

CP : Et les libertés sous-caution des hautes personnalités qui vont des fois en détention ?

K.B.A :La classe dirigeante dans le pays est une bourgeoisie bureaucratique et militaire qui se protège entre elle : les oligarques. Y compris contre la prison. C’est l’une des fonctions d’une classe dominante.  Pas étonnant;

CP : Votre dernier mot :

K.B.A : D’abord une pensée pour les sinistrés dans le Bambao et le Hambou. Ensuite dire qu’il y’a deux sortes de révolutions à gauche :

- la révolution violente

- la révolution citoyenne

Nous prônons le changement radical par la révolution citoyenne. La République jusqu’au bout !

CP : Kamalidin ben Ali Merci

K.B.A : Merci à vous aussi.

 

Propos recueillis par Said Yassine

COMORESplus

 

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