Un parlementaire, membre de la majorité parlementaire de surcroit, appelle au soulèvement populaire contre le pouvoir. Une façon à lui de contester le bilan du régime. Des voix s’élèvent pour condamner ces propos. D’autres s’insurgent contre ceux qui les condamnent.  On a d’un coté, les pro-soulèvement populaire et de l’autre, les anti-soulèvement populaire. Et le débat fait rage sous les cocotiers. Mais, qu’est-ce qu’un soulèvement ? Il s’agit d’insurrection, de désordre, d’émeute, de putsch, de rébellion, de trouble mais aussi de guerre… bref rien de bon. Tout ce qui est mauvais pour un pays.

Quand on regarde ce qui se passe en Syrie (plus de 90 000 morts) et quand on voit l’état actuel de la Tunisie, de la Libye, de l’Egypte ou de la Turquie, on réfléchit trois cent milliards de fois avant d’appeler le peuple d’une république lilliputienne à se soulever contre un pouvoir démocratiquement élu. Surtout si cette république vient de se remettre d’une décennie d’instabilité politique et économique et qu’on est en pleine consolidation d’une réconciliation.  Les comoriens ne cesseront d’étonner. A l’unanimité ils ont condamné, il n’y a pas longtemps, une tentative de coup d’état. Aujourd’hui ils sont divisés par l’appel au soulèvement d’un élu. Alors que putsch et soulèvement ont le même sens. Et ils produisent les mêmes effets : renversement de l’ordre constitutionnel établi.

Les conséquences peuvent aussi être graves. Car, on sait quand et comment un conflit commence, mais on ne sait pas quand et comment il prend fin. Qui aurait cru qu’un drapeau français hissé par un quidam à Anjouan allait déboucher sur un conflit  politique qui a paralysé notre pays pendant plus de 10 ans ? On ne plaisante pas avec ces choses. On a bien sûr le droit de contester la politique gouvernementale. Mais il y a des limites à ne pas franchir. Admettons que l’élu qui appelle à un soulèvement populaire a franchi le Rubicon. Exigeons qu’il fasse des excuses publiques et qu’il reconnaisse qu’il est en tort. On ne peut pas avoir été indigné par une tentative de coup d’Etat et se réjouir d’un appel à une guerre civile.

Puisque appeler à un soulèvement populaire semble avoir des affidés sous nos cieux, j’appelle à un « soulevement populaire » contre un député qui est élu pour un 5 ans et qui a attendu la dernière année de son mandat pour se rendre compte que le pays va mal, qu’on a du mal à se soigner, à s’éduquer, à trouver  un travail, à se nourrir. J’appelle aussi  à « un soulèvement populaire » contre un conseiller insulaire devenu député qui a élu pour son appartenance au parti CRC et qui a changé de camp, non pas pour l’intérêt de ceux qui l’ont élu mais pour son intérêt personnel. Et j’appelle enfin à un « soulèvement populaire » pour condamner les propos de ceux qui aspirent au désordre et au chaos, comme l’a déjà fait le commissaire aux finances de l’île de Ngazidja, M. Mohamed Soulé Islam. 

Laila Said Omar

COMORESplus

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