408207 2718781446676 631328056 n[1]La situation du sport dans les différents plateaux et stades des Comores est catastrophique. L’île de Ngazidja est la championne dans ce domaine.

Chaque fois que vous quittez votre bureau dans l’après midi, téléphonez aux amis qui sont sur le chemin pour leur demander s’il n’y a pas match afin de suivre la route avec moins de soucis. Autour des stades c’est le genre Kosovo ou Afrique du Sud du temps de l’apartheid. Des militaires encerclent les lieux. La menace plane en l’air, les villageois sont sur le qui vive, la jeunesse s’enivre, les dirigeants des clubs s’excitent, les officiels tournent la tête comme des enragés. Les arbitres font leur travail sous pression et dans la permanence du doute de se voir flanquer un coup de cross sur le visage par un supporter ou un joueur enragé et prendre des semaines d’hospitalisation.

Avant le match, les préparatifs ne sont pas non plus sportifs. Ce sont des sorcelleries, des préparations psychologiques qui préparent à la haine et les moments de l’entraineur semblent nettement insuffisants pour régler les godasses aux joueurs. Il y a des « Monsieur Ugangi » qui, une fois absents, font craindre le pire. Les techniques apprises, le travail physique fait, les séances théoriques réalisées et les heures d’entrainements sont suspendus en attente du verdict de « Foundi ».

Cette situation est aggravée par l’implication de certaines communautés dans le déroulement de ces conflits. L’équipe du village peut amener toute une communauté à la dérive. On sort machettes, cravaches, points américains, couteaux de cuisine et parfois des armes très redoutables et on se met dans le malheur. Les notables y sont invités pour trouver la paix. La gendarmerie peut arrêter certains agitateurs pour les relâcher après leur retour au calme.

Cette situation a fait progressivement des stades, des lieux de moins en moins fréquentés, souvent perçus comme des lieux de la mort ou en tout cas de scènes de lynchage. Les billets ne se vendent plus, les gradins souvent occupés par des excités et les responsables du football national fuient leurs responsabilités.

Face à cette désolation, il faut faire quelque chose. Il faut faire en sorte que le sport soit sous la responsabilité effective d’une autorité qui est vue, qui est disponible, qui réfléchisse, qui communique, qui tisse des relations avec les autres pouvoirs et qui ordonne aux équipes la discipline et le respect scrupuleux de mesures draconiennes. Quand on rentre un peu plus en profondeur dans cette situation, il y a des questions qu’on se pose.

1)   Pourquoi les équipes sont sous la responsabilité des villes et villages ?

Ailleurs, les communes ont des responsabilités dans la gestion des associations, notamment sportives. Tout près de chez nous à Madagascar, ce sont plutôt les entreprises (publique et privées) qui s’attachent les services des équipes de sport.

Les deux scenarios montrent clairement que le comportement des équipes est une condition pour bénéficier ou non des apports de ces personnes morales.

Mais quand vous fonctionner sur la base de contributions informelles, souvent de plus ou moins riches et généreuses personnes de la Cité, le sentiment qui s’en dégage est nécessairement clanique, villageois, régional etc.….

Quand celui qui finance ordonne de frapper, c’est comme les hommes de rang dans l’armée « Exécutez avant de discuter !!!! ».

Il va donc falloir repenser le positionnement des équipes. Il faut que l’Etat et les institutions sportives trouvent le moyen institutionnel pour calmer les esprits, cultiver la sportivité et combattre la haine et les actes sauvages, faire la différence entre être membre d’une équipe et appartenir à une communauté. Il faut commencer par enlever ces racines et attacher les équipes à des institutions et non à des villages. L’avènement des communes est une belle perspective pour que les équipes bénéficient d’apports matériels et financiers de la part de cette institution, avec comme monnaie d’échange la paix, le faire play et certaines conditions comme l’existence d’un budget, d’une gestion saine et transparente et pourquoi pas une obligation de résultats.

2)   Ne peut diriger le sport qui veut

Au jour d’aujourd’hui, il est clair que les sportifs sont dans la confusion totale. Ils sont gérés par des gens dont le seul atout est la disponibilité à travailler, à diriger surtout. En dehors de cela, on ne leur reconnait aucun palmarès sportif, aucune discipline de spécialité, aucun acte d’attache avec le sport. Ils sont souvent élus sous d’autres critères, souvent en relation avec leur milieu social d’appartenance. C’est ainsi que le sport figure parmi les dossiers sociaux les plus mal gérés, les plus dangereux et les plus ancrés dans l’improvisation.

L’Etat encore une fois, doit organiser un séminaire de réflexion sur l’ensemble du territoire national, afin de définir des profils de compétences et des missions des personnes qui peuvent postuler pour gérer les instances sportives du pays.

3)   Diversifier les disciplines sportives

La pratique de l’APS (Activité Physique et Sportive) dans les écoles, collèges et lycées serait un important levier de paix dans le sport. Si nos enfants cultivaient le gout du basket, du hand, du saut en hauteur et en longueur, de la natation etc…., il est presque sûr que l’engouement autour de ce sport de football resterait mais de façon moins virulente. La culture sportive serait cultivée dans plusieurs disciplines et dans d’autres lieux que les stades de football et cela rendrait moins tristes les espaces de sport. Il y a donc une relation entre éducation et pratique sportive qui est non seulement évidente mais nécessaire et intéressante. Sans spécialistes de formation en APS dans les écoles (y compris de sports) et en pratiques sportives (au niveau des équipes), est-il facile de changer les choses ? Je pose la question à ceux qui prétendent diriger le sport car sans formation et sans éducation, on ne pourra rien changer, pire on progressera dans le mal.

4)   Gestion objective des espaces et des moyens

Il va sans dire que quand les jeunes sont dans des endroits difficiles pour pratiquer le sport, soit ils ne pratiqueront pas de sport, soit ils perdront vite leur talent. Encore une fois, nous assistons à des investissements communautaires en terme de stades qui versent aussi dans la violence et sans que cela soit dans l’esprit de ceux qui ont investit leurs moyens financiers, intellectuels et physiques. Mais ni l’Etat et ni les instances de sports ne se soucient de cet aspect. Je prends comme parfait exemple ces hectares aménagés par la communauté de Mitsoudjé, un espace multidisciplinaire qui comporte deux terrains aux normes reconnues et qui est placé dans l’ombre. Personne ne peut comprendre qu’on aille démolir des maisons pour construire un stade alors qu’il y a un stade déjà bien avancé, mis à disposition par cette communauté sportive et sans exigence aucune. Serait ce un manque de politique, une stratégie de mise à mort ou simplement une défaillance en matière de visibilité ?

Dans tous les cas, chacun de nous est soucieux de ce qui se passe dans ce secteur, il vaut mieux y réfléchir sans complaisance, sans excitation et sans « Matso matinti » car il s’agit de l’avenir de notre pays. Aujourd’hui, bien de sportifs africains ont aidé certains secteurs dans leur pays à se développer, comme l’eau, la pharmacie, la formation sportive, ….). Si nous formons de bons sportifs, nous pourrons les vendre e ailleurs et gagner ce que les autres gagnent. En attendant d’explorer les milliers de kilomètres magiques de ce pétrole de nos rêves, on pourrait miser sur ce pétrole en surface qu’est notre jeunesse. Hawu tsidjawu ?

Mohamed Ali Mgomri

Mitsoudje-Hambou

 

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