AA"Si je signe ce traité, je suis mort", aurait dit le président IKI.
Le "traité" en question exigerait du Président de l'Union des Comores la renonciation solennelle à toute idée d'appartenance de Mayotte à son ensemble géographique, historique, sociétal et juridique, tel que reconnu par le droit international. Avec injonction formelle de ne plus jamais en faire état dans aucune instance internationale. De plus, la France imposerait, simultanément, l'admission de Mayotte, comme entité juridique, à part entière, à la Commission de l'Océan indien (COI). Le président a peur, et il a raison d'avoir peur. Car la conscience comorienne  s'éveille et l'Histoire ne le pardonnera jamais ! Le président a peur d'être lynché par les Comoriens. En soit, cela est un progrès par rapport à ses prédécesseurs qui, eux, n'avaient en réalité aucune considération pour ces Comoriens qui les avaient élus. Eux, avaient bien sûr peur pour leur vie, mais peur d'une puissance étrangère à laquelle ils devaient donner entière satisfaction.

Il a raison Raïs IKI de ne pas accepter de signer un traité qui demanderait à ce que l'État comorien renonce, à jamais, de revendiquer Mayotte dans quelque forum que ce soit ; un traité qui demanderait aux autorités comoriennes d'accepter l'adhésion de Mayotte comme membre à part entière de la COI. Mais est-il pour autant sorti d'affaire ? L'avenir nous le dira ...

Le président est probablement un homme intègre. Un patriote, vraisemblablement, qui, dans un passé proche, fréquentait le Comité Maore. Est-ce suffisant pour en faire un homme d'État ? Que nenni ! Il lui faut plus d'étoffe. Il pourrait ne pas signer le fameux traité, mais être quand même amené au résultat escompté, d'une certaine manière. Son entourage proche aurait pour mission de s'en charger.  Raïs Iki sera "livré" ! Possiblement dans pas longtemps.

Le président Iki a pris date avec son peuple, en lui promettant des révélations sur les entretiens en cours, entre lui et le gouvernement français, au sujet de Mayotte. D'ici là, il aura été "reçu" par son homologue français, pour être, ensuite, "exposé" sur le perron de l'Elysée, face au monde entier, afin de lui délivrer un message, un simple message. De façon explicite ou non, en parlant ou en ne parlant pas ... et surtout en ne s'exprimant pas. Ce message pourrait être  celui-ci : "Entre nous tout va bien. Nos relations sont sans anicroche aucune. La question de Mayotte ? nous en discutons sereinement". Et ça sera tout. Mais c'est suffisant, pour le moment, pour signifier un consentement implicite comorien, en vue la mise en application de la décision d'ériger Mayotte en Région Ultrapériphérique européenne (RUP).

En pensant à l'entourage du président, on a  souvent évoqué Boléro. Parce qu'il a du relief. Mais il n'y a pas que Boléro. Il y a bien un barrage filtrant qui maintient le président dans une bulle, de manière à ce qu'il ne soit pas accessible "aux choses inconvenantes", pouvant heurter la sensibilité d'une puissance "amie". Prenez, par exemple, cette dame "de l'ombre" qui, après avoir sécurisé sa place dans l'entourage du président Sambi, régente tout ou presque au cabinet de la présidence, mais reste pratiquement inconnue de l'extérieur.

Dans le cadre de la célébration du 50e anniversaire de l'Union africaine à Addis-Abeba, l'ancien ministre Salim Himidi a été invité pour participer à la conférence sur le Panafricanisme. Sollicité par les journalistes, il a déclaré, notamment, que "la présence française sur l’île de Mayotte est toujours considérée par l’UA comme étant illégale" et que "la décolonisation de l’Afrique aurait réussie si ce n’est le cas du Sahara occidental et celui de Mayotte". Une déclaration, somme toute, sobre et non tapageuse. Eh bien ! Le Ministère comorien des Affaires étrangères (Mirex) a traité cela comme un crime de lèse-majesté. Il a cru bien faire en dénonçant et désavouant Salim Himidi, et en s'excusant platement auprès de son homologue marocain, par une note verbale n° 13-91 du 27 mai 2013, rédigée dans un français très approximatif. Pourquoi le MIREX s'est senti obligé de démentir des propos qu'il n'a pas tenu et qui, par conséquent, ne pouvaient lui être reprochés par son homologue marocain ? Il n'y avait pas lieu de le faire, à moins que ce soit un service commandé. En effet, en dénonçant les propos tenu par Salim Himidi, le MIREX indique que la présence française sur l’île de Mayotte n'est plus considérée par l’UA comme étant illégale.

Rappelons que le Maroc n'est plus membre de l'UA depuis 1984, pour non adhésion à l'Uti possidetis (principe de l'intangibilité des frontières), et que son occupation du Sahara n'est soutenu que par un petit groupe de pays, les mêmes qui ne voulaient pas que la Question de Mayotte soit évoquée dans la déclaration finale, pour ne pas fâcher la France. Ce groupe dirigé par le Sénégal et le Gabon argue que la France se saigne au Mali pour l'Afrique et qu'il ne faut pas la mettre mal à l'aise avec la Question de Mayotte. Il oublie simplement qu'au Mali, la France défend le respect des frontières maliennes telles qu'internationalement reconnues. L'autre groupe, constitué par la majorité des pays africains, à la tête desquels l'Algérie et l'Afrique du Sud, soutien l'indépendance du Sahara et exprime parfois son exaspération par rapport à la position des Comores, qui réclament la libération de son territoire occupé, tout en soutenant l'occupation d'un autre territoire.

Abdou Ahmed

Paris

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