aliContrairement aux apparences, il ne suffit pas d’être intelligent, d’avoir la volonté de réussir ou un libre arbitre qui vous pousse, il faut en même temps avoir des connaissances bien placées, et surtout une échine qui se courbe facilement. Voilà, hélas, la réalité de notre pays. L’examen d’aptitude au stage pour la profession d’avocat organisé récemment par le ministère de la Justice m’a permis de découvrir cette triste réalité. Et pourtant quand un jour du mois d’avril je tombe sur l’appel à candidature dans la presse locale, j’avais cru que les choses étaient en train de changer. Pour la première fois, un examen professionnel d’Etat n’est pas organisé en catimini, et surtout j’étais réconforté en me disant qu’enfin le barreau va entamer sa petite révolution indispensable.

J’ai tout de suite décidé de candidater et d’inciter certains collègues de faire de même. Ces derniers ne l’auront pas regretté. Quand l’ordre des avocats par la voix de Me Mahamoud - qui n’a jamais été démenti- voulait s’opposer à l’élargissement de la liste des candidats, j’ai pris une position publique en tant que citoyen pour défendre l’initiative du gouvernement et dénoncer « l’incompréhensible contestation de l’Ordre » (Alwatwan du 3 juin 2013). La confiance était de mise lorsque j’avais observé que le ministère de la Justice par le biais du directeur des Affaires judiciaires, avait associé l’Université des Comores dans l’organisation de l’examen.

Toutefois, mon inquiétude a soudainement apparu lorsque je constate avec consternation que la liste des candidats est passée de 31 à 37 inscrits, du dernier jour des dépôts à la date de l’affichage des listes. A certains amis, j’avais fait remarquer que les choses commençaient très mal. Cette inquiétude est renforcée quand j’ai découvert, trois jours après, la composition du jury : trois avocats et un magistrat. Pourquoi confier une telle charge à des gens qui se sont déjà montrés réticents, voire hostiles à l’organisation de cet examen ? L’Ordre des avocats contre lequel j’avais pris une position publique devient juge et partie. Ma position personnelle s’est donc fragilisée, mais j’avais confiance en moi, en mes capacités intellectuelles et en la maitrise que je prétends avoir sur les questions juridiques. D’ailleurs, à la fin des épreuves, j’avais le sentiment d’avoir accompli ma mission et d’être presque à deux doigts de mon objectif.

Deux jours avant l’affichage des résultats, j’avais pressenti que quelque chose n’allait pas au sein du jury qui peinait à délibérer. Ce qui devait être automatique et facile à faire devenait curieusement compliqué. Qu’est ce qui se manigançait ? Je n’en sais rien. En tout cas le jour de l’affichage, quelques minutes avant, un ami candidat partageait mon inquiétude en me confirmant que des candidats lui auraient confié la veille qu’ils étaient admis. D’autre avaient cette même certitude avant l’examen. Tout cela me tourmentait, pas à cause de mon sort personnel, mais de l’injustice qui s’organisait et de la crédibilité de la profession qui risque d’être entachée.

Du coup, l’affichage des résultats a confirmé ce que je craignais. Parmi les meilleurs candidats sont recalés alors que certains dont le niveau laisse à désirer sont déclarés admis.

Depuis, je mène un combat pour que je puisse consulter mes copies, en vain. Ni le CUFOP, organisateur technique de l’examen, ni la Direction des Affaires judiciaires- qui s’est malheureusement affaiblie en laissant le contrôle de l’examen lui échapper- ni l’Ordre des avocats n’ont pas daigné donner suite à mes courriers. Voilà les raisons de ma colère. Pas contre mes collègues qui ont eu la chance d’être retenus, à raison ou à tort, mais contre une organisation que j’estime peu sérieuse de l’examen et un jury qui, à mon avis, a été tout sauf impartial. Nous sommes dans un petit pays où tout le monde se côtoie, se connaît et où la trajectoire de chacun, les forces et les faiblesses ne sont pas dissimulables.   

Je voudrais ainsi conclure en souhaitant bonne chance pour la suite à tous ces futurs avocats. Pour nous, les autres, le combat continue. Et je reprendrai la formule de Nietzsche pour dire tout bonnement que « tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort».

ALI MMADI

Retour à l'accueil