C’est un fait : lorsqu’on lit un livre, on ne sait pas quoi s’attendre. D’où l’envie de le dévorer rapidement pour goûter sa saveur. L’incertitude de comprendre le contenu est d’autant plus forte que le livre en question n’est pas un roman, mais une critique littéraire. Et pas de n’importe qui, de Léopold Sedar Senghor, un monstre de la littérature africaine.

 Il faut avouer d’emblée que l’exercice n’est pas aisé. Pourtant, le livre de Nassurdine Ali Mhoumadi publié aux éditions L’Harmattan et intitulé « Réception de Léopold Sedar Senghor » et sous-titré «  Pour Une approche sociologique des littératures africaines » permet au lecteur, même profane, de comprendre comment l’œuvre de Senghor fut accueilli, notamment par les écrivains africains de gauche.

Ce livre comprend trois textes qui ont en commun d’être des promoteurs d’une approche sociologique des littératures africaines. Il traite aussi de la réception violente de Léopold Sédar Senghor par les marxistes africains des années pré-indépendance et de la réception brutale de Senghor par l’écrivain camerounais Mongo Béti.

L’auteur, habité par « une conviction chevillée au corps », soutient vigoureusement que « les textes issus des littératures africaines, qui ne sont pas seulement des spéculations verbales, gagneraient beaucoup plus à ne pas s’enfermer dans des interprétations formalistes(…) et à être lus dans une démarche sociologique qui parait beaucoup plus féconde et plus ouverte que les autres méthodes d’interprétation ». Il précise aussitôt qu’il est interdit d’interdire dans le monde complexe de l’interprétation des textes, car l’éclectisme y est souvent de rigueur.

Nassurdine Ali Mhoumadi tient le lecteur la main et l’amène avec lui « à déchiffrer les raisons qui ont fait qu’un intellectuel aussi conséquent que Senghor fut combattu avec autant de violence et constance ». Aussi, des intellectuels francophones et marxistes, tels Marcien Towa, Stanislas Spero Adotevi, Yenoukoumé Enagnon ou Mongo Béti, s’irritaient contre le métissage culturel, cher à Senghor, et sa définition de la Négritude. Pour notre commentateur le tort de Senghor, pour ces auteurs, a été de ne pas être marxiste. Par exemple, aux yeux de Béti, Senghor paraissait comme « un vendu aux méchantes puissances occidentales ». Les divergences entre ces deux monuments de la littérature africaine sont notoires,  notamment sur leur conception des langues africaines et de la francophonie.

Fort heureusement, Senghor est aujourd’hui célébré et ses anciens adversaires ne tarissent d’éloges à son endroit.

Originaire de Nyoumadzaha Bambao(Ngazidja), docteur ès lettres de l’Université Lyon II, Nassurdine Ali Mhoumadi est l’auteur des deux autres ouvrages, Un Métis nommé Senghor et le Roman de Mohamed Toihir dans la littérature comorienne, publié aux éditions L’Harmattan. Il exerce le métier d’enseignant en France et à l’Université des Comores.

Abdou elwahab Msa Bacar

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