Quelques heures après l’arrêté du ministre de l’intérieur de l’Union des Comores visant à remercier les préfets de Ngazidja de leurs fonctions, et nommer d’autres à ces postes au même moment, COMORESplus s’est entretenu avec MAB El-had, préfet du centre, une des victimes de l’arrêté ministeriel et déjà déposé.  

 

COMORESplus : Monsieur El-had, aux sus de certains insulaires de Ngazidja, vous êtes préfet du centre. Et depuis hier soir, par les médias, certains ont appris que vous n’êtes plus préfet. Que pensez-vous donc de cette nouvelle tombée et qui vient d’être accueillie par ceux qui ont écouté la radio Comores hier soir ? 

 

MAB EL-HAD : Effectivement hier soir, j’ai entendu par les ondes de la radio Comores, qu’un nouveau préfet a été nommé à ma place, comme aux autres régions. Ma première réaction a été celle-ci : j’étais stupéfait. Ce n’est pas parce que je ne suis pas préfet. Non. Et je sais que c’est une fonction de passage. Mais c’est parce que, ça n’a pas suivi la procédure normale. Je ne peux pas comprendre que son excellence le président Ahmed Mohamed Abdallah Sambi a publié un décret redonnant une autre compétence aux présidents des îles et un autre décret pour annuler le fait d’être appelé gouverneur et du jour au lendemain, il publie un décret qui va à l’encontre de celui d’avant au moment où selon la constitution, les préfets sont sous les responsabilités des gouverneurs. Donc, maintenant, s’il considère que ce sont des gouverneurs, et que les ministres sont des commissaires, pourquoi on leurs retire de la compétence et des polices et de la préfecture ? A mon humble connaissance, les préfets ont été toujours sous les responsabilités des gouverneurs des îles. Donc c’est déjà une raison de plus pouvant déstabiliser le pays, car certainement, il y aura une réaction contradictoire là-dessus.

 

C.P : Donc, comme la nomination des préfets est sous le patronage des gouverneurs, quelle est votre pensée par rapport à votre évincement et à la nomination d’un nouveau préfet ? Dus des raisons politiques ou question d’une incompétence attribuée à vous et d’une compétence attribuée à votre successeur ?

 

M-E : Pour le moment, je dirai que c’est pour des raisons politiques. Des raisons politiques car lors des campagnes pour le referendum dernier, on a commencé à me faire des chantages, voulant m’inciter à démissionner de ce poste pour mettre le gouvernement de l’île en déstabilisation. Moi, je leurs ai répondu, que je ne suis pas un ventriote, mais un patriote. Je ne peux vendre, ni mon âme ni ma conscience ni ma personnalité. On ne peut pas acheter une conviction. A la défense de mes idéaux et de mes convictions…je suis persuadé que ce sont des décisions politiques. Encore j’ai tiré de toutes les propositions qu’on m’a fait pour que je démissionne. Je vous dis que j’étais gendarme, j’ai demandé ma mise à la retraite anticipée. Et là, parce que j’ai estimé qu’il y a des choses qui ne conviennent pas à mes fonctions. Mais la compétence est encore là. J’ai commencé à mettre en place une réorganisation de la préfecture du centre, commencée par la création d’un site internet, pour faciliter les relations entre l’administration et la diaspora. Car, je ne trouve pas normal qu’un citoyen se paye un billet pour venir établir un extrait d’acte de naissance ou une pièce administrative.  Outre, j’ai commencé à interdire la vente illégale de l’alcool dans les rues de Moroni, parce que l’alcool est vendu à 100 fc la cuillère, et ça, ce n’est pas normal. Et j’ai essayé de faire un arrêté pour interdire le commerce illégal, parce que l’ordonnance de 1978, signée par le regretté Ahmed Abdallah Abderemene, président des Comores de l’époque, avait stipulé que seuls les hôtels ont droit de vendre de l’alcool. Donc ce sont des décisions qui gênent le gouvernement de l’Union. La preuve en est que le ministre de la justice chargé des affaires islamiques de l’Union a remis sa démission il y’a trois jours. C’est après avoir estimé que ce n’est pas normal de laisser la destruction de citoyens par l’absence des mesures... Voila, c’est pour cela que le gouvernement de l’Union m’a chassé de cette fonction et j’estime que je les dérange. D’ailleurs, 48 h avant d’être demi de mes fonctions, je suis appelé à changer de camps. Là, j’ai dit que non, je ne suis pas là pour de l’argent. Je suis là pour ma patrie, je suis un patriote. Je défendrai mes convictions jusqu’au bout.

 

C.P : Alors si on comprend très bien, vous confirmez que votre licenciement au poste de préfet du centre de Ngazidja est à des raisons politiques. Je pense que le nouveau préfet qui est appelé pour vous succéder, ne vous est pas méconnu. Pensez-vous que dispose t-il de la compétence et pourra t-il poursuive la voie que vous avez tracée dans cette fonction de préfet et dont vous estimez bonnes ?

 

M-E : J’ai beaucoup de respect envers mon successeur, mais cela ne peut pas m’interdire de dire que l’arrêté par lequel il vient d’être nommé est illégal. Il a accepté d’être nommé par le ministre de l’intérieur de l’Union, au moment où, il sait que c’est celui de l’intérieur de l’île qui doit nommer les préfets. Et ça, c’est illégal. Ce que je dis, il y a le gouvernement de l’île qui tient un conseil extraordinaire, là tout de suite dans cette préfecture du centre. Et j’ai dit aux membres de gouvernement que la personne qui vient de me remplacer, en l’occurrence Ali Mohamed Djalim, qui est mon beau-frère, est toujours mon beau-frère, on gardera toujours les liens de familles qui nous unissent. Les rapports de citoyenneté sont toujours là, parce que nous les comoriens sommes bien élevés. Alors s’il est nommé légalement dans le cadre de la préfecture, je lui ouvrirai la porte. Mais s’il s’agit de cette nouvelle nomination, je dirai que cette nomination est caduque. Bon, maintenant, je ne sais pas, car il y a la gendarmerie qui a envahi les alentours, peut être qu’elle va m’enlever de force, je ne sais pas. Mais je vais toujours dire qu’il a été illégalement nommé. Et en tant que professeur de l’Université, c’est quelqu’un qui est instruit, en qui j’ai beaucoup de respect. Je serai respectueux en son égard, mais je ne vais pas croiser les bras. Et je vais lui dire que s’il veut être préfet, il faut qu’il demande à être nommé par le gouverneur de Ngazidja qui dispose de ce pouvoir. D’ailleurs avant moi il a été sollicité de prendre cette fonction, il n’a pas répondu et on m’a nommé.  Je ne sais pas pourquoi.  Alors là, j’ai constaté que le gouvernement de l’union veut que les comoriens se battent, parce que certains esprits…n’ont pas cessé vouloir faire couler le sang des comoriens. Alors c’est pour inciter les comoriens à se battre entre eux pour que le sang coule, c’est là le problème.

 

C.P : Après votre congé inopiné à ce poste de préfet du centre, que pensez-vous faire et que prétendez-vous devenir ?

 

M-E : Euh, je saisis l’opportunité pour vous dire que je vais me présenter aux législatives prochaines de l’Union. Et c’est une opportunité me permettant de plus, de montrer que mes idées sont toujours à défendre jusqu’au bout. C’est parce que je défends une population et je suis soutenu par cette population…et même regardez aux alentours, il y a des jeunes qui m’ont sollicité d’agir vis-à-vis à cette situation, je les ai interdits, car je suis là pour la paix et pour des convictions. Alors ce ne sont pas eux qui méritent d’entrer dans le jeu de se battre. Donc moi ma meilleure façon de me battre, c’est d’être candidat et d’aller à l’assemblée de l’union pour défendre mes idées et l’intérêt général de tous.

 

C. P : Monsieur le préfet, je vous remercie.

 

M-E : De même, je vous remercie et je transmets mes salutations fraternelles à toute, la population comorienne hors des Comores et ceux qui sont déjà là, aux Comores.

 

Propos recueillis par

SAID YASSINE   

 

 

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