Quelques pistes de réflexion sur la réforme du système éducatif comorien
09 août 2009
Les résultats catastrophiques du baccalauréat, session 2008-2009 aux Comores (80 % de taux d'échec) sont le miroir inversé de ceux de la France (plus 86% de réussite toutes filières confondues ! ). Nos enfants seraient-ils moins intelligents que les têtes blondes ? Je n'en crois pas. En fait, le désir des responsables de notre ministère de l'éducation nationale, de faire décerner à notre baccalauréat un label de respectabilité par l'ancienne puissance tutrice, les oblige à concevoir des épreuves proches par leur niveau de difficulté de celles organisées en France alors que les terminalistes comoriens n'ont pas le même niveau que leurs collègues de Marseille, Lyon ou Paris. Nous semblons ignorer que nos enfants accumulent au fil des ans des lacunes en raison des grèves à répétition, du faible niveau de qualification de certains enseignants, du sous équipement des établissements scolaires et de la difficulté pour beaucoup d'entre eux, d'acquérir les moyens didactiques nécessaires à leur formation. Que faire pour en finir avec ces échecs qui traumatisent les familles et stigmatisent chaque année le corps enseignant et des milliers de jeunes qui vont traîner durant toute leur vie ce boulet dans un pays où trouver un emploi, relève du parcours du combattant y compris pour des titulaires de diplômes de niveau BAC+5 et plus ?
Je commencerai par dire que ce n'est pas le niveau de l'enveloppe globale, destinée à l'éducation nationale qui est en cause. C'est plutôt son utilisation qui est à revoir. Notre pays n'a pas les moyens de conduire par exemple 80 % d'une classe d'âge au baccalauréat. A l'issue de la classe de 3è, les enfants doivent être orientés soit en seconde scientifique, soit en seconde littéraire, soit en BEP en fonction de leurs souhaits, de leurs potentiels et des perspectives du marché de l'emploi. En effet, il ne sert à rien de former des légions de diplômés destinés à l'avance à gonfler les rangs des chômeurs. Je verrai bien des entreprises telles que MAMWE et Comores Télécom s'associer à l'Etat pour organiser et financer des BEP d'électronique ou de maintenance informatique.
Ce que je propose
Je voudrais approfondir ici une proposition du Prince Kemal qui consisterait à ériger des lycées d'excellence qui accueilleraient et prépareraient nos futures élites. Ils seraient accessibles par concours et dotés d'internats. Je proposerais un lycée agricole à Mohéli pour former les techniciens et plus tard les ingénieurs des filières agricoles, halieutique et agro-alimentaire, un lycée littéraire à Anjouan et un lycée scientifique à Ngazidja. Enseigner est devenu pour beaucoup un pis-aller, un emploi temporaire avant d'exercer sa véritable profession d'ingénieur ou de journaliste. Pour garantir une meilleure qualité de l'enseignement, Il faut réserver les emplois d'enseignant à des professeurs de métier. Pour accroître leur motivation et leur efficacité, l'Etat doit améliorer leurs rémunérations et leur faire bénéficier de formations continues durant toute leur carrière. En échange, les professeurs doivent s'engager à servir comme enseignent au minimum 5 ans avant d'exercer un autre métier. L'une des missions de l'école est de former à la citoyenneté. En conséquence, le Coran et la théologie doivent être enseignés du primaire à la 3è. L'histoire et la géographie des Comores doivent être acquises avant le passage en seconde ou en BEP.
Enfin, au sortir de la classe de 3è les élèves doivent apprendre uniquement des matières ayant un lien direct avec leurs futures carrières. Un futur médecin a-t-il besoin de connaître la géographie du Japon ? La maîtrise du calcul des probabilités est elle nécessaire à l'exercice de la profession d'avocat ?
Pour terminer, je trouve intéressante la proposition consistant à évaluer les connaissances des candidats au baccalauréat en tenant compte des notes obtenues en contrôle dans la limite de 25 %. Cette réforme conduira les élèves à mieux répartir leurs efforts sur toute l'année scolaire et leur permettra d'éviter l'accumulation disproportionnée de travail à la veille de l'examen, nuisible à la qualité de l'assimilation des connaissances. Cette réforme, du fait de la réorganisation du travail des candidats qu'elle implique et de l'atténuation par les notes obtenues en contrôle continu de l'effet du stress propre aux épreuves du baccalauréat sur les performances des élèves, permettra une amélioration des résultats de cet examen.
Abdourahamane Cheikh Ali (Djamal)