LE GOÛT DE LA LECTURE
12 août 2009
Les comoriens ne lisent pas et quand ils lisent, ils ne comprennent pas. C’est en tout cas, ce que pensent bon nombre de nos concitoyens. Une allégation qu’on refuse d’admettre. On en veut pas y croire, personnellement je refuse et surtout quand ça vient de quelques rares personnes qui se prennent pour des « je sais tous ».
Mais comment contester une telle allégation ?
Il est malheureusement difficile de prouver le contraire, surtout quand la réalité nous lance un défis. C’est clair comme de l’eau de roche, les comoriens lisent très peu. C’est un fait accompli. Bien qu’il n’ait pas de chiffres précis, on en est cas même en mesure de comprendre que la lecture est nettement loin d’être notre engouement. Il est bien connu que le style narratif de la société comorienne est essentiellement oral. C’est encré dans nos mœurs, de se raconter des contes, des légendes, des expériences entre générations. Les proverbes et les adages populaires, ont avant tout été perpétués par voie orale. Nos parents se vantaient du volume de sourates (du saint Coran), de hadiths et de préceptes religieux qu’ils connaissaient par cœur et qu’ils peuvent réciter à la demande. Nos ainés quant à eux, s’enrobaient la mémoire avec des piles de formules mathématiques et s’embourbaient avec des cours de physiques, d’histoires-géo, de sciences qu’ils mémorisaient par cœur à longueur de journée.
Ainsi, dans cette immense sphère orale qui a marqué notre imaginaire collectif, pendant plusieurs générations, la proportion de la lecture était tellement faible qu’actuellement ça ne faisait presque pas partie de nos habitudes en tant que nouvelle génération. Aujourd’hui, on ne s’étonne pas de constater que la majorité des jeunes se fagotent comme l’as, de pique contre les livres, les journaux et tous ceux qui ont trait à la lecture. On ne s’étonne pas de constater que nos ainés préfèrent des décors à l’image de photophores, grattoirs au lieu de livres dans leurs bibliothèques. Et les femmes des ustensiles de cuisines pour agrémenter les vitrines dans leurs intérieurs. On ne sera pas surpris, non plus, dans les ruelles et dans les places publiques, par l’image des gens qui préfèrent se regarder mutuellement ou discuter des futilités à l’exercice de tenir un livre, un journal ou même une BD (Bande dessinée) !
Preuve à l’appui, les quelques rares journaux qui peine à survivre au pays à l’image d’Al-watwan et de la Gazette, sont souvent tombés en quenouille. Les gens s’intéressent moins et préfèrent tirer au flanc. Il est vrai qu’avec la banalisation de l’internet, les blogs qui traitent les infos du pays sont légions mais il n’en reste pas moins que les lecteurs se font de plus en plus rare et souvent ceux qui s’y rendent, ne sont là que pour jouer au mariol. Telles les injures qui se prolifèrent sur la toile et les noms d’oiseaux que les commentateurs s’accusent mutuellement. Il n’est pas rare de trouver des gens qui témoignent leur désir de surfer sur les blogs n’ont pas pour lire, mais pour manifester leurs mécontentements à l’endroit des autorités et parfois même aux propriétaires des blogs. Un peu plus loin certains témoignent n’avoir jamais terminé un article. On lit les grands titres, tous ce qui est en gras, on voit s’il est greffé quelques noms et des chiffres et on passe à côté. Le reste est réservé à son auteur.
Pourquoi devons-nous aimer la lecture ?
Il y a sans doute autant de raisons que de lecteurs, certains y trouvent l’inverse de l’oubli, d’autres l’évasion, ou bien l’enrichissement culturel, le départ d’une réflexion personnelle et la quête du savoir. Mais surtout, la lecture apparaît comme la clé qui ouvre les portes du savoir. C’est aussi un monde à explorer. Dans son livre “Comme un roman”, Daniel Pennac décrit ce qui peut ressembler à un visage de la lecture. « L’homme construit des maisons parce qu’il est vivant, mais il écrit des livres parce qu’il se sait mortel. Il habite en bandes parce qu’il est grégaire, mais il lit parce qu’il se sait seul. Cette lecture lui est aussi une compagnie qui ne prend la place d’aucune autre, mais qu’aucune autre compagnie ne saurait remplacer. Elle ne lui offre aucune explication définitive sur son destin mais tisse un réseau de connivences entre la vie et lui ».
La revalorisation de la lecture dans notre société, nécessite surtout une révolution culturelle profonde au niveau des croyances et habitudes. Une révolution qui fera de la lecture et le livre le noyau central d’une éducation citoyenne appropriée. L’enjeu est crucial car une société qui lit est plus apte à développer et à recevoir des idées d’initiative, d’optimisme, de persévérance et autres valeurs positives. Et l’inverse vous le connaissez et c’est malheureusement vrai. Il y va donc de l’avenir de notre société d’encourager la lecture et de cultiver son amour. Quant à notre jeunesse, c’est peut-être une gageure moins plausible de vouloir compter sur nos organes d’info, pour pallier les failles. Mais elle ne sera moins utopique que si chacun de nous décide de son coté de lutter contre cette aridité spirituelle.
Youssouf Mdahoma
Rabat-Maroc